"Chassée du foyer conjugal par son mari, à Bukavu, Aimée, en février 1998, enceinte de quatre mois, deux enfants en bas âge et une valise, sillonne les routes d'un Congo toujours en guerre. Ses souvenirs embuent son regard et altèrent sa voix. Elle chuchote comme si elle voulait taire la souffrance qui l'étreint encore. Je la laisse se ressaisir. Elle fixe un point imaginaire sur le napperon qui recouvre la table de son salon. Pour faire diversion, je regarde par la porte ouverte une jeune fille qui prépare des crêpes dans la cour sur un fourneau malgache. C'est rare de voir les gens cuisiner. Dans les maisons où j'étais allée les jours précédents, il n'y avait aucune trace de repas à midi. Pas même un biscuit ou une mangue posée sur la table. Manger à midi me confirme qu'Aimée, sage-femme à Baraka appartient aux nantis de la ville. « On peut continuer » me dit-elle avec un petit sourire d'excuse.
Le voyage de retour est chaotique. Les routes sont coupées. Les passagers doivent, à plusieurs reprises, descendre des véhicules et continuer le trajet à pied. Elle passe deux nuits dehors avec ses enfants sans savoir comment regagner Baraka. Les véhicules sont rares. Elle avance, seule, le cœur gros, minée par le chagrin, dans un pays en guerre. Son trajet, se terminera à Nundu à une trentaine de kilomètres de Baraka, dans la maison familiale... déserte. Ses parents sont partis en Tanzanie dans un camp de réfugiés".
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mercredi 12 février 2014
mardi 17 septembre 2013
Livre : "Baho" de Roland Rugero
| image: http://www.librairiepantoute.com |
Le livre de Roland Rugero "Baho", 110 pages,
édité dans le sud de la France chez Vents d'ailleurs, se lit
bien.
L'histoire est intéressante et originale. Il décrit avec
beaucoup
de finesse une société burundaise traumatisée, la barbarie des
hommes, la vulnérabilité des infirmes, en particulier celle de
Nyamuragi le muet, accusé injustement de viol. L'effet de foule,
la projection des turpitudes de chacun, la célérité à tuer un être
humain sans jugement pour assouvir une soif de vengeance et de
pouvoir, la sagesse de la vieille borgne qui suit à distance les
événements, et une fin qui me donne encore la chair de poule.
Tout
est là pour que le livre soit lu jusqu'au bout.
Mais, en tant que lectrice, si j'ai aimé le
fond de l'histoire, j'ai moins apprécié la forme. Le style est
parfois maladroit avec le goût prononcé de l'auteur à placer les
adjectifs avant les noms : " d'urgents besoins, le noble
haricot, les nobles âmes, il broie ferme poulets, le sage homme,
etc., sans compter quelques maladresses "un long moutonnement de
bruissements" ou "Il était saoul d'invitations à aller prendre
quelques coups de vin de banane, avant même d'avoir commencé à
boire".
Si le livre pèche par quelques maladresses, il reste globalement un bon livre et Roland Rugero, qui est encore très jeune, a un vrai talent d'écrivain.
Si le livre pèche par quelques maladresses, il reste globalement un bon livre et Roland Rugero, qui est encore très jeune, a un vrai talent d'écrivain.
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