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dimanche 2 mars 2014

Qinterview avec Véronique Ahyi-Hoesle - traduit de l'allemand


L'heure est venue de donner votre première Qinterview. Les lecteurs ont choisi de vous connaître davantage. La Qinterview paraîtra sur la page Qindie.de et dans son bulletin. Nous attendons vos réponses avec impatience.

    Qui êtes-vous et que faites-vous en termes d'auto-édition ?

Il est toujours difficile de se présenter soi-même et les auteurs, sauf s'ils sont d'un extrême narcissisme, écrivent pour ne pas avoir à répondre à ces questions. La meilleure façon de me découvrir est de lire mon livre. On a recours à l'auto édition, non pas par choix, car chacun rêve de voir ses livres, hyper médiatisés, en tête de gondoles mais par résignation.

    Qu'est-ce qui vous a décidé à publier vous-même vos livres ?

Quand on écrit un premier livre on montre parfois des signes d'impatience et on a tendance à aller au plus facile parce que trouver des éditeurs relève du parcours du combattant. Même avec beaucoup de détermination, les refus ou la condescendance finissent par avoir raison de vous et de votre obstination. Il s'installe aussi en vous un doute qui relève du manque d'expérience et par découragement ou par crainte de ne pas être édité, il est plus facile de se réfugier dans l'auto-édition. C'est aussi une façon de se protéger, de garder l'espoir qu'un éditeur connu aurait pu accepter votre livre. Dans mon cas, j'avais signé un contrat avec une maison d'édition qui s’avérait être une maison d'arnaqueurs.



Quelles sont vos expériences passées avec l'auto-édition ?

C'est ma première expérience. Sortir de l'anonymat parce que les lecteurs de Qindie ont voulu me connaître davantage me semble déjà très encourageant car la concurrence est rude et que le nombre de livre auto-édités ne cessent de croître.

Que pensez-vous problématique dans l'auto-édition ?

Ce qui est sans doute le plus frustrant dans l'auto-édition est l'anonymat. Il est difficile de sortir du lot, d'être médiatisé, d'avoir de bonnes retombées car tout le monde se déclare auteur. Chacun pense avoir une histoire géniale à raconter avec un style, des tournures, des mots qui ne sont pas toujours appropriés à la littérature. Je pense qu'il faudrait une meilleure sélection. Il est d'autre part impératif de faire lire et corriger ses livres par des professionnels pour ne pas tirer le niveau des romans auto-édités vers le bas.

Qu'est-ce qui vous semble utile pour résoudre le problème ?

Qindie est déjà une belle alternative puisqu'elle décerne des labels de qualité aux romans qui le méritent. Au moins le lecteur sait que tous les romans avec le sigle de Qindie ont été lus et approuvés par un comité de lecture et que ces romans sont correctement écrits. Maintenant, une fois que les livres ont été sélectionnés et que de surcroît ils plaisent aux lecteurs, il serait souhaitable que Qindie par exemple suivent ces auteurs pour les promouvoir comme vous avez déjà commencé en donnant la parole à certains auteurs et en proposant le téléchargement gratuit de leur livre. Pour un auteur il est important que son livre soit lu. Les retombées financières ne sont qu'aléatoires.

Pourquoi choisissez-vous délibérément le chemin ardu de l'auto-édition ?

Je crois avoir déjà répondu à la question. Le chemin difficile peut s'avérer à un moment être le plus facile. En ce qui me concerne, j'ai résilié mon contrat avec ma maison d'édition, car je n'étais pas satisfaite. Le livre était trop souvent en rupture. Comme je voulais que le livre continue à être publié et soit disponible pour répondre à la demande, j'ai choisi de l'auto-éditer. Le format, les caractères, le papier, la couverture, tout existait déjà. Il ne m'a donc pas été difficile de « switcher ». Pour les autres livres, il est évident que je m'y prendrai différemment car j'aurai déjà eu mon expérience.

Qui sont vos lecteurs test et pourquoi eux ?

Mon mari, des amis au sens critique exacerbé et, quand le livre a été retravaillé, des lectrices professionnelles pour avoir un feedback professionnel ou une traductrice de livres. Il faut que le livre soit parfaitement clair et les mots extrêmement précis pour pouvoir le traduire et les commentaires d'une traductrice me sont précieux.

Avez-vous déjà eu une rencontre avec un fan qui vous a inspiré une idée?

Plutôt un détracteur car même si vous n'êtes pas d'accord avec ce qu'il vous dit, il en reste toujours quelque chose. L'un d'eux m'a donné l'envie de l'intégrer dans un prochain roman. Les détracteurs sont parfois des personnages intéressants par leurs contradictions, leurs propos erronés, et quand vous cherchez derrière, vous découvrez de vrais personnages de roman.

Vous arrive-t-il parfois que les personnages fassent ou disent autre chose que ce que vous avez prévu?

Bien sûr et cela provoque parfois une rupture dans l'écriture qui peut durer assez longtemps. Parfois les personnages vous éblouissent dans leur répartie parfois vous les détestez.

Comment s'est changée votre vie quotidienne au cours de l'écriture?

Je ne peux pas dire que ma vie quotidienne a changé. Je suis peut-être plus attentive à ce qui se passe autour de moi car en fait tout peut être utilisé dans l'écriture d'un roman. La mémoire a une capacité à garder et à classer les informations qui est absolument extraordinaire. Je suis toujours surprise de voir ce qui peut rejaillir de ma mémoire. Cela me fascine littéralement.

Que faites-vous quand vous n'écrivez pas ?

Pour moi la vie ce n'est pas que l'écriture, c'est lire, aller aux spectacles, aux concerts, rencontrer des amis, passer du temps avec les personnes que j'aime, flâner, voyager et jouer au golf.

Qu'est ce qui vous a conduite à l'écriture? Par qui ou quoi ?

C'est un désir que je nourris depuis longtemps, que j’avais commencé à concrétiser quand j'étais beaucoup plus jeune et que j'avais abandonné. Comme je suis journaliste, il est toujours très facile de sauter le pas et de se lancer dans l'écriture d'un livre qui peut-être un roman ou autre. Mon rédacteur en chef à Dakar m'avait suggéré d'écrire un livre, puis des amis. Mais, celui qui eut gain de cause est mon mari qui a su me donner confiance en moi, car écrire un roman est un travail de longue haleine. Pour m'encourager, il m'avait cité l'exemple du faucheur qui regardait chaque soir derrière lui ce qu'il avait fauché et jamais devant pour ne pas être découragé. Un jour, à force de persévérance, il s'était retrouvé de l'autre côté du champ. C'est le moment où vous taper le mot fin de votre roman.

Qu'aimez-vous dans l'écriture et qu'est-ce que vous aimez le moins ?

J'aime la liberté qu'offre l'écriture mais beaucoup moins la discipline qui est indispensable. Écrire un livre c'est beaucoup de travail, beaucoup de stress. Il y a des moments de perte totale de confiance car votre histoire n'avance plus ou que votre style s'égare. Parfois, vous ne pouvez même plus rédiger une phrase correctement. Vous avez envie de pleurer et le doute qui s'installe en vous peut vous poursuivre longtemps : plusieurs semaines ou plusieurs mois. La fragilité de l'écriture m'effraie aussi. Il ne faut rien pour bloquer votre écriture. Et cela peut arriver à n'importe quel moment. Écrire vous rend vulnérable. Vous ne pouvez pas écrire sans dévoiler une partie de vous-même, et les critiques sont parfois des coups de poignard dans votre ego.

Comment gèrent ton conjoint / ta famille ta "folie d'écriture" ?

Je ne suis pas atteinte de folie d'écriture. Mon conjoint me soutient. Un peu trop parfois et nos enfants me jugent souvent trop dure dans mes écrits.

Qu'aimez-vous lire? Quel genre? Quels sont vos auteurs préférés ?

J'aime les policiers quand je suis fatiguée. Sinon, j'aime les romans (Toni Morrison, Ken Folliett, Paulo Coelho, Mariama Bâ, Tahar ben Jelloun, Metin Arditi, Philip Roth, ... ) et quand le moral flanche : Sénèque.

Lorsque tu lis un livre, tu le lis comme une personne lambda ou comme un auteur ?

Je lis un livre comme n'importe quel lecteur car c'est avant tout un plaisir, mais parfois je me surprends à prendre des notes quand certains passages me séduisent car j'ai toujours un crayon et un papier à côté de moi. J'aime être séduite par les livres que je lis aussi bien par le fond que par la forme. Je trouve qu'il y tellement, tellement d'auteurs talentueux que je doute encore plus de moi. A d'autres moments, j'ai l'impression de perdre mon temps, parce que le livre est inintéressant, (les histoires sont parfois d'une rare nullité) redondant, et que le style se veut précieux. Dans ce cas, j'abandonne, car il y a trop de bons livres à lire sans perdre mon temps avec la médiocrité.

Quel livre aurais-tu aimé avoir écrit toi-même ?

...Difficile à dire, Il y a beaucoup d'auteurs que j'aime et que j'admire pour leur style et leur imagination. Mais je pense que j'aurais aimé écrire de la poésie comme Rimbaud, Eluard ou Verlaine car pour moi la poésie est un exercice extrêmement difficile et un beau poème est un baume pour l'âme.

Quelles sont les critiques que tu as le plus aimées ou qui t'ont le plus contrariée ?

La critique positive est sans doute celle où l'on m'a dit que mon livre était trop court et que les derniers chapitres étaient trop rapides car ces lecteurs se sentaient frustrés de terminer mon livre aussi rapidement. Pour moi ne pas avoir envie de terminer un livre est un immense compliment. Ce qui m'énerve, en revanche, ce sont les critiques souvent non fondées qui émanent de personnes qui n'ont jamais rien écrit, qui ont des avis sur tout, qui expliquent votre livre mieux que vous, l'auteur, avec une absence de sensibilité déconcertante.

Quel est ton prochain projet ?

J'ai déjà un autre roman qui est pratiquement terminé et je travaille actuellement sur un livre qui sera constitué de portraits de personnes vivant au Sud-Kivu en République Démocratique du Congo. Cette région a longtemps été une zone de guerre (et l'est encore parfois), mais la population est là avec ses histoires, ses sourires et ses larmes.
    Où est-ce qu'on te trouve sur l'Internet?

Sur facebook, mon blog et si vous voulez sur google "Ahyi-Hoesle" pour les retombé méditiques au moment où j'avais présenté mon roman au Sénégal, au Laos, sur RFI et au Rwanda.
https://www.facebook.com/pages/V%C3%A9ronique-Ahyi-Hoesle/576675549072165
http://ahyi-hoesle.blogspot.com
http://www.rfi.fr/emission/20101214-1-veronique-ahyi-hoesle/
http://www.newtimes.co.rw/news/index.php?i=14974&a=52894

vendredi 13 décembre 2013

Rêve brisé - Nouvelle

Les signaux lumineux clignotent, les passagers bouclent leur ceinture de sécurité dans une synchronisation parfaite, et la chef de cabine, de sa voix de guimauve, souhaite la bienvenue sur le vol Paris-Dakar. Le départ est imminent. Assise dans la toute première rangée, les yeux mi-clos, Chloé se laisse aller à la rêverie. Le Sénégal ! À 25 ans, elle va tenir la promesse qu’elle s’est faite à la mort de ses parents, survenue dans un accident de voiture une nuit glaciale de décembre, alors qu’elle n’était encore qu’une adolescente. Elle deviendra médecin et mettra ses compétences au service de la population, loin de chez elle, là-bas où les gens démunis de tout, gardent encore le sourire. Les minutes s’écoulent et le silence interrompt la rêverie de la jeune femme. Étrange, pense-t-elle, les réacteurs sont muets et les hôtesses figées comme des cierges dans les deux allées latérales. Soudain, des hurlements retentissent à l’arrière de l’appareil. Des hurlements déchirants, des hurlements qui vous font froid dans le dos, des hurlements inhumains. Les passagers échangent des regards inquiets. Des rumeurs insensées se propagent et les interrogations fusent de toutes parts. Une hôtesse, dépassée par les événements, se hâte vers le cockpit et revient accompagnée du commandant de bord qui, dans sa précipitation, en a oublié sa casquette. Les curieux se tortillent, s’entortillent, se détortillent sur leur siège, allongent leur cou pour ne rien perdre du raffut, alors que les plus fouineurs, à la recherche du scoop, ont enlevé leur ceinture et se sont installés à califourchon sur leur siège. Mais que se passe-t-il enfin, s’interroge Chloé bouleversée par ces cris récurrents et, pour ne pas faillir au serment d’Hippocrate qu’elle a récemment prononcé, s’apprête à saisir sa trousse médicale dans le coffre à bagages, quand la grosse main de son voisin s’abat sur son avant-bras. « Du calme, jeune fille. Y’a rien de grave. Personne n’est malade dans cet avion. Dès que nous aurons décollé tout va rentrer dans l’ordre. C’est toujours la même chose ! » Freinée dans son élan, Chloé le regarde dubitative: « Que voulez-vous dire ? », s’étonne-t-elle. « Croyez- moi, vous verrez », répond-il avec un sourire, puis, estimant le débat clos, replace ses écouteurs sur les oreilles, sélectionne un nouveau morceau de musique sur son iPod et replonge dans son attitude d’autiste. À l’arrière de l’avion, les esprits s’échauffent. Les cris sont bientôt étouffés par les invectives des passagers et des doigts accusateurs se pointent en direction des trois sièges qui jouxtent les toilettes. Le commandant de bord, après s’être assuré qu’aucun passager ne nécessitait d’évacuation sanitaire, reprend les choses en main, tance les plus belliqueux et, exaspéré, s’en retourne à son cockpit. « Nous avons perdu assez de temps ! », lance-t-il. Nous partons maintenant.
Chacun réajuste sa ceinture, une hôtesse énonce les consignes de sécurité. Le silence se fait. Les lumières s’éteignent. L’avion roule lentement. Il se place en bout de piste prêt au décollage. Les réacteurs rugissent. Il s’envole. Chloé, rattrapée par une impitoyable réalité, regarde au loin par le hublot. À l’arrière de l’appareil, une femme, un foulard multicolore noué négligemment sur la tête, est assise menottée entre deux policiers en civil. Et elle pleure.

lundi 9 décembre 2013

Livre : Les derniers Indiens de Marie-Hélène Lafon
Une famille qui se meurt

Image : Amazon.fr
Les Santoire, une famille paysanne aisée, est en voie d'extinction, après quatre générations. La ferme est grande, trop grande, pour une famille petite, de plus en plus petite, rabougrie, tassée et recroquevillée sur elle-même. Elle se meurt en lançant des regards aux voisins, les Lavigne, qui vivent, rient, entreprennent, se reproduisent, font du bruit et dont les femmes portent des couleurs vives. 

 La famille Santoire agonise dans son Auvergne natale et enterre ses membres. Les grands-parents d'abord, puis le père qui ne possédait rien et qui a été épousé pour sa force de travail : on avait besoin d'un homme costaud à la ferme, et le fils aîné, Pierre, le préféré de la mère, malgré les humiliations qu'il lui aura infligées. Il sera le seul à quitter la famille, pour une divorcée, mère de deux enfants, et pire encore, il choisira l'usine alors que la ferme avait besoin de ses bras vigoureux. Mais, il retournera dans la maison de famille, « entre les mains de sa mère, défait, puni et crucifié d'avoir trahi » pour y mourir d'une maladie dont le nom ne sera jamais cité. 

A la mort du fils, la mère qui ne voulait pas se donner en spectacle allait peu sur la tombe, mais elle « se retirait dans la chambre dont les volets restaient fermés ». Priait-elle ? Pleurait-elle ? Elle mourut à son tour, « la bouche mince fermée sur les secrets de maison » et laissa les deux derniers descendants de la famille Santoire, ces deux autres enfants à l'âge déjà avancé, Jean et Marie, transparents et inodores. Leur vie est rythmée par les repas, le journal que Jean lit chaque matin et les prospectus publicitaires que Marie épluchent et classent sur une étagère, car jamais elle n'achètera quoique ce soit. Et, il y a les heures qu'ils passent à regarder par la fenêtre, les voisins d'en face, plus vivants et prolifiques que jamais. Modernes, travailleurs inventifs et ambitieux, ils ne cessent d'agrandir leur propriété et attendent que « Les derniers Indiens » rendent l'âme pour s'approprier terres, maison et tout ce que la famille Santoire aura accumulé pendant des décennies.

Ce livre magnifiquement écrit est un contraste bouleversant entre cette famille qui s'éteint, drapée dans ses convenances et ses principes et qui aura vécu toute sa vie à l'ombre d'elle-même et les voisins, résolument modernes qui entreprennent réussissent et vivent.

lundi 25 novembre 2013

Livre : « La femme parfaite est une connasse »

Ouais et après !

Image : Amazon.fr
Je me réjouissais de lire ce livre, enfin ce "carnet", car il ne pouvait pas se vendre à 200 000 exemplaires et être complètement nul. Bien sûr, j'avais quelques appréhensions, je le reconnais, mais ces deux filles étaient sympa, drôles, gonflées et intelligentes. Je pressentais un humour à deux sous, mais, comme l'article que j'avais lu sur elles dans un hebdo que je respecte m'avait séduite, j'ai fini par commander le livre à ne pas manquer.

Je suis heureuse de l'avoir terminé car le style et les clichés commençaient à me donner la migraine. Je ne m'attendais pas à énormément de subtilité mais à un peu plus tout de même. J'attendais l'anecdote truculente qui vous fait vous esclaffer, mais en vain. Je me suis ennuyée, mais surtout je n'ai jamais ri, à peine souri. La chose qui m'a plu a été le format du livre et je reconnais que le titre est extrêmement accrocheur, -il fallait l'oser- ainsi que la photo de couverture. Mes points positifs s'arrêtent là.


Si la femme moderne de 2013 est semblable à celle décrite, cela m'attriste beaucoup. Jusqu'à présent, je n'ai pas compris l'intérêt de ce livre mais sans doute est-ce un problème de génération. En tout cas, une chose est sûre après la lecture de ce «carnet», mon choix va irrésistiblement vers la connasse.

mardi 17 septembre 2013

Livre : "Baho" de Roland Rugero

image: http://www.librairiepantoute.com

Le livre de Roland Rugero "Baho", 110 pages, édité dans le sud de la France chez Vents d'ailleurs, se lit bien. L'histoire est intéressante et originale. Il décrit avec beaucoup de finesse une société burundaise traumatisée, la barbarie des hommes, la vulnérabilité des infirmes, en particulier celle de Nyamuragi le muet, accusé injustement de viol. L'effet de foule, la projection des turpitudes de chacun, la célérité à tuer un être humain sans jugement pour assouvir une soif de vengeance et de pouvoir, la sagesse de la vieille borgne qui suit à distance les événements, et une fin qui me donne encore la chair de poule. Tout est là pour que le livre soit lu jusqu'au bout. 


Mais, en tant que lectrice, si j'ai aimé le fond de l'histoire, j'ai moins apprécié la forme. Le style est parfois maladroit avec le goût prononcé de l'auteur à placer les adjectifs avant les noms : " d'urgents besoins, le noble haricot, les nobles âmes, il broie ferme poulets, le sage homme, etc., sans compter quelques maladresses "un long moutonnement de bruissements" ou "Il était saoul d'invitations à aller prendre quelques coups de vin de banane, avant même d'avoir commencé à boire".

Si le livre pèche par quelques maladresses, il reste globalement un bon livre et Roland Rugero, qui est encore très jeune, a un vrai talent d'écrivain.
Roland Rugero , écrivain (www.akeza.net)

dimanche 8 septembre 2013

Michel Kayoya (1934-1972) : Une référence au Burundi

Michel Kayoya sur wikipedia
Burundais, catholique, le père Michel Kayoya est né le 8 décembre en 1943 à Kibumbu et arrêté durant la nuit du 13 mai 1972 à Gitega où il sera exécuté. De 1948-1955, il passe au Petit Séminaire de Mugera et de 1955-1958, il entre au Grand Séminaire de Burasira où il poursuit des études de philosophie. Il part ensuite en Belgique au Scolasticat des Missionnaires d'Afrique (Pères Blancs) mais décide finalement de rentrer dans son pays natal, en 1962. Le 8 juillet 1963, il est alors ordonné prêtre dans l'archidiocèse de Gitega .

D'une personnalité hors du commun, le père Michel Kayoya marque le Burundi par sa pensée et exprime ses idées dans deux livres : Entre Deux Mondes (1970) et Sur les Traces de Mon Père (1971) dans lesquels non seulement il dénonçe la situation socio-économique et politique de son pays, mais il invite aussi la jeune génération à retourner aux sources de l'humanisme de ses pères. D'une profonde bonté et épris de justice, le père Michel Kayoya n'a cessé de prêcher l'amour par l'exemple jusqu'au jour de son exécution où, face aux soldats, il leur prononça encore des paroles de pardon.

Michel Kayoya, par son action, ses livres et sa mort tragique lors des événements de 1972, alors qu'il n'avait que 38 ans, font de lui non seulement un héros mais une référence présente dans l'esprit de tous les Burundais.
images de http://www.mafrome.org/ordinatio/kayoya_michel_2_livres.jpg


Livre : Certaines n'avaient jamais vu la mer de Julie Otsuka

Le voyage de la désillusion

sur Amazon
Le périple de ces femmes japonaises commence sur le bateau, lors de leur traversée du Pacifique à destination des Etats-Unis. Le décor est immédiatement planté. La saleté, les puces, la vétusté de leur embarcation, les odeurs, la crasse, les punaises, tout tranche avec leur fragilité et leur finesse. Pauvres, elles le sont, mais pas dépourvues de leurs coutumes et de leur délicatesse. "Dans leurs malles, elles avaient emporté un kimono de soie blanche pour leur nuit de noces, des pinceaux à calligraphie et de fines feuilles de papier de riz afin d'écrire de longues lettres et un minuscule bouddha de cuivre". Cette opposition, nous allons la retrouver tout au cours du livre. Sur le bateau qui les emmène loin de leur famille, elles s'imaginent habiter dans une vaste maison confortable et accueillante avec un mari aussi beau et séduisant que celui de la photo qu'elles conservent dans un médaillon et qu'elles ne cessent d'admirer. Mais la réalité va les frapper de plein fouet à peine le pied posé à terre. Des hommes rustres, aux vêtements rapiécés, les attendent pour les conduire dans leurs nouvelles demeures : "une longue tente sous un prunier, un lit de camp dans un baraquement, un dortoir en planche, une paillasse dans l'écurie, un tas de foin posé sur trois caisses de pommes sous un pommier". Une pauvreté à l'état pur que l'auteure dépeint sans ambages et qui nous fait découvrir des jeunes femmes isolées, confrontées à un problème de langue, fragilisées, coupées de leur famille et de leurs traditions, des jeunes japonaises réduites à l'esclavage et exposées à la raillerie et à la cruauté.

Ce livre est d'autant plus émouvant qu'il est actuel. La détresse des immigrantes nous renvoie aux étrangers qui, chaque jour, quittent leur pays, pour une vie qu'ils veulent meilleure. Combien d'entre eux acceptent de travailler au noir, sans protection sociale pour un salaire de misère ? Combien de jeunes femmes trompées et abusées se retrouvent à arpenter les trottoirs des capitales européennes sans espoir d'un avenir meilleur ? Combien d'hommes et de femmes, trop crédules se sont installés au bout du monde pour vivre un amour qui s'est rapidement transformé en cauchemar ?

Enfin, ce livre, je ne lai pas lu comme un roman, mais comme une étude sociologique et les incessantes énumérations de l'auteure qui donnaient, au début, de la force à son récit, ont fini par me lasser. Toutefois, "Certaines n'avaient jamais vu la mer" reste, malgré tout, un livre intéressant.

dimanche 25 août 2013

Livre : Jonas Jonasson "Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire"

Un air de déjà lu


Dans le TGV Paris-Avignon. Un homme assis en face de moi, absorbé par son livre, s'esclaffe soudain. Je lève les yeux de mes magazines et l'observe. Il me sourit et reprend sa lecture. Je reconnais la couverture. Ce vieillard au garde à vous en combinaison en éponge rose est unique. Après avoir maintes fois hésité à l'acheter, c'est décidé, après "la douce empoisonneuse" de Arto Paasilinna, je lirai "le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire". Après tout la Finlande et la Suède ne sont pas si éloignées.

image : Amazon
image : Amazon
Très vite mon attention tombe. J'ai une impression de déjà vu, de déjà lu. Le roman ne manque pas d'intérêt, de rythme et pourtant je me surprends à le lâcher à plusieurs reprises. Mais pourquoi donc ? Tout est là. Le vieux est drôle et attachant avec un bon sens à la limite de l'idiotie. Ses rencontres sont désopilantes mais les similitudes entre les deux livres, le style, les péripéties, les personnages me gênent et je regrette d'avoir enchaîné les deux bouquins. L'humour un peu décalé ne m'amuse pas. Parfois un sourire qui se meurt entre deux soupirs. Je l'ai lu pourtant jusqu'au bout en me demandant souvent ce qui différenciait ce roman de celui de Paasilinna. Il est évident que si j'avais commencé par "le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire", je l'aurais lu avec plaisir. Hélas, ce ne fut pas le cas et au fur et à mesure que j'avançais dans le récit, j'avais l'impression de retrouver l'esprit du livre de l'auteur finlandais.

J'ai commis l'erreur de les lire l'un à la suite de l'autre. Je l'admets. Le souvenir de "La douce empoisonneuse" était beaucoup trop présent pour que j'apprécie "Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire" à sa juste valeur. Alors, prise de remords de m'être ennuyée dans le roman de Jonasson et pour m'assurer que ces ressemblances n'étaient pas le fruit de mon imagination je me suis intéressée aux deux auteurs. Jonas Jonasson est un grand admirateur de Arto Paasilina. On l'aura deviné !

mardi 1 janvier 2013

Metin Arditi: Prince d'orchestre


Quand nous partons en voyage pour de longs mois, nous sommes toujours confrontés au terrible dilemme : quels livres allons nous glisser dans notre valise. Bien sûr, il y a les prix littéraires, les incontournables des rentrées littéraires et puis, il y a ceux que vous découvrez.
Pour moi, le roman de Metin Arditi fut une très belle rencontre avec un monde musical que je ne connaissais pas ou si peu. Malgré la beauté des opéras qui accompagne la lecture du roman, nous découvrons la fragilité d'un chef d'orchestre trop brillant, trop exigeant, trop génial sans doute, dont l'assurance du début se craquelle au fil des pages. Une vie où les projecteurs s'éteignent pour illuminer son rival.
La déchéance d'Alexis Kandilis, que nous découvrons dans les premières pages au sommet de sa gloire, m'a été à plusieurs moments, insupportable. Et si ce n'avait été le talent de l'auteur, je crois que j'aurais définitivement fermé mon livre. La fin est inéluctable, on la devine, on la sent, on la vit. On voudrait changer le cours des choses, mettre en garde ce chef d'orchestre hanté par des traumatismes qui se dévoilent au cours du livre, suspendre cette mélodie qui s'impose à lui, qui s'impose à nous et qui rythme sa descente aux enfers. Il est célèbre, certes, mais tellement humain dans sa vulnérabilité.
Sa rencontre avec Menahem qui se rend chaque jour au chevet de son fils plongé dans le coma est magnifique et quand au piano, le maestro Kandilis interprète "les chants des enfants morts" de Gustav Mahler pour ramener cet enfant à la vie est absolument sublime. Le secret qui l'a toute sa vie taraudé revient à la surface. La musique ne pansera pas ses plaies, et, alors que sa mort se rapproche, un enfant revient à la vie. Quel intéressant paradoxe ! Un livre bouleversant, à lire.