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jeudi 20 mars 2014
Un détecteur de mensonges particulier
On se souvient tous de Basic Instinct et de Sharon Stone soumise au
détecteur de mensonge pour mesurer ses réactions physiologiques et
détecter ainsi si oui ou non elle avait commis les crimes au pic à
glace. Mais ce que l'on sait moins, c'est que les premiers détecteurs de
mensonges utilisant les réponses physiologiques d’un suspect datent de
-1000 avant J.C., et qu'on les trouvait en Chine. En effet, les
personnes suspectées de mentir étaient obligées de mâcher du riz sec
avant de le recracher et si le rejet était sec, la personne était alors
déclarée coupable car la peur assèche la bouche et diminue la
salivation.
Lors de mes pérégrinations au Congo, mon attention fut attirée par un
objet étrange aperçu chez un antiquaire. Une statuette en bois, d'une
trentaine de centimètres, composée de deux parties : d'un socle et d'un
buste et de deux bras posé en équilibre sur le socle. Cette statuette
était naguère utilisée dans les tribunaux pour détecter si les suspects
mentaient ou non. Si la partie mobile de la statuette se mettait à
tourner et tombait du socle pendant l'interrogatoire, l'accusé était
immédiatement condamné, en revanche, si la statuette restait immobile le
prévenu était maintenu en liberté. Ce qui est absolument fascinant dans
cette statuette est la façon dont le buste tient en équilibre alors
qu'il est simplement posé sans rien pour le retenir. Maintenant pour
avoir vu des tribunaux au Congo (Sud Kivu), sans murs, ouverts au vent,
juste avec un toit, je me demande, comment cela se passait quand la
météo n'était pas faste. Sans doute y a-t-il eu des personnes
injustement condamnées parce que les Dieux du vent avaient décidé de se
lever. Mais personne ne nous le dira jamais.
jeudi 6 février 2014
Histoire africaine
Sur la route, près d'Uvira (RDC), un véhicule réhaussé d'une croix en bois et de quelques fleurs déjà fanées à cause de la chaleur se déplace lentement. Un enterrement !
Dans la procession un officier que nous rencontrons souvent au bureau de l'immigration à la frontière du Burundi et du Congo. Il nous reconnaît et s'approche de nous, l'air grave, pour nous saluer. Est-ce un proche lui demande notre chauffeur qui le voit depuis déjà des années, pratiquement chaque semaine. Oui, c'est mon grand-père. Il était déjà âgé. Il avait au moins 148 ans. Quand on sait que l'espérance de vie au Congo ne dépasse pas les 60 ans. C'est plus qu'un miracle !
jeudi 17 octobre 2013
RD-Congo : Une case, quatre classes
Nous nous garons à côté d'un bâtiment
rectangulaire au toit de chaume, sans porte et sans fenêtre. Juste des rondins
de bois superposés. C'est une école me dit-on. Je m'approche et regarde par les
interstices. Des dizaines de minois se tournent vers moi. Un jeune instituteur
sort saluer la délégation, un vieux manuel de français à la main. Une
discussion s'engage. Il nous explique son travail et les conditions dans
lesquelles il le dispense. Dans cette école, soixante neuf enfants assis à même
le sol sont répartis en 4 sections. Pendant qu'il donne ses explications, je
m'éclipse pour entrer dans la case et
regarder de plus près tous ces enfants, trop pauvres pour espérer un jour
étudier loin de leur village. La petite Ayélé qui sommeille en moi n'est jamais
très loin et je ne peux m'empêcher de penser que si ma mère ne s'était pas
occupée de moi, j'aurais pu, moi aussi, grandir comme eux. Sans espoir.
Dans la case, deux tableaux, un devant lequel
un élève de la grande section conjugue l'auxiliaire être au futur. Certaines
terminaisons sont fausses. J'établis avec lui un langage des signes pour lui
montrer ses erreurs et qu'il les corrige. Après avoir gentiment triché dans le
dos de l'instituteur toujours occupé à palabrer, je me retourne vers le tableau
de la petite section. Aïe ça se corse. Une phrase écrite en Kiswahili. Je sens
que malgré leur intimidation de voir une Mzungu dans leur classe, ils n'ont qu'une
seule envie, se payer ma tête. Leurs yeux rigolent même s'ils essayent de ne
pas sourire. Je me lance. Après avoir lu ma phrase avec maintes hésitations, je
les abandonne à leurs éclats de rire.
Avant de prendre congés de l'instituteur, je
lui demande si tous les enfants sont là. Non, à peine 40 %. Seuls sont
présents ceux dont les parents ont pu payer les frais de scolarité : 1
Euro/mois. Ce constat me désole et je
veux me raccrocher à une perspective plus positive. Combien d'entre eux
pourront alors étudier plus tard à l'université. La réponse tombe,
brutale : aucun.
Nous remontons dans nos véhicules pour
poursuivre notre visite. Je pense aux Nations Unies et aux objectifs du
millénaire qui prévoyaient d'assurer l'éducation primaire pour tous. Bibokoboko
en est-il exclu ? Derrière moi, je laisse des dizaines d'enfants qui
resteront toujours en dehors de la marche du monde, malgré le sacrifice des
parents pour les scolariser.
dimanche 8 septembre 2013
Livre : Certaines n'avaient jamais vu la mer de Julie OtsukaLe voyage de la désillusion
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Le périple de ces femmes japonaises commence sur le bateau, lors de
leur traversée du Pacifique à destination des Etats-Unis. Le décor est immédiatement planté. La saleté, les puces, la vétusté de leur
embarcation, les odeurs, la crasse, les punaises, tout tranche avec
leur fragilité et leur finesse. Pauvres, elles le sont, mais pas
dépourvues de leurs coutumes et de leur délicatesse. "Dans leurs
malles, elles avaient emporté un kimono de soie blanche pour leur
nuit de noces, des pinceaux à calligraphie et de fines feuilles de
papier de riz afin d'écrire de longues lettres et un minuscule
bouddha de cuivre". Cette opposition, nous allons la retrouver tout
au cours du livre. Sur le bateau qui les emmène loin de leur
famille, elles s'imaginent habiter dans une vaste maison confortable
et accueillante avec un mari aussi beau et séduisant que celui de la
photo qu'elles conservent dans un médaillon et qu'elles ne cessent
d'admirer. Mais la réalité va les frapper de plein fouet à peine
le pied posé à terre. Des hommes rustres, aux vêtements rapiécés,
les attendent pour les conduire dans leurs nouvelles demeures : "une
longue tente sous un prunier, un lit de camp dans un baraquement, un
dortoir en planche, une paillasse dans l'écurie, un tas de foin posé
sur trois caisses de pommes sous un pommier". Une pauvreté à l'état
pur que l'auteure dépeint sans ambages et qui nous fait découvrir des jeunes
femmes isolées, confrontées à un problème de langue, fragilisées,
coupées de leur famille et de leurs traditions, des jeunes
japonaises réduites à l'esclavage et exposées à la raillerie et à la
cruauté.
Ce livre est d'autant plus émouvant qu'il est actuel. La
détresse des immigrantes nous renvoie aux étrangers qui, chaque
jour, quittent leur pays, pour une vie qu'ils veulent meilleure.
Combien d'entre eux acceptent de travailler au noir, sans protection
sociale pour un salaire de misère ? Combien de jeunes femmes
trompées et abusées se retrouvent à arpenter les trottoirs des
capitales européennes sans espoir d'un avenir meilleur ? Combien
d'hommes et de femmes, trop crédules se sont installés au bout du
monde pour vivre un amour qui s'est rapidement transformé en
cauchemar ?
Enfin, ce livre, je ne lai pas lu comme un roman, mais comme une
étude sociologique et les incessantes énumérations de l'auteure qui
donnaient, au début, de la force à son récit, ont fini par me
lasser. Toutefois, "Certaines n'avaient jamais vu la mer" reste, malgré tout,
un livre intéressant.
dimanche 10 février 2013
Tanzanie, Arusha : Le marché massaï
A Arusha les marchés massaï sont choses courantes et chaque jour
il est possible de les visiter.

Certains sont itinérants,
d'autres sont fixes. Des centaines et des centaines de Massaï,
en tenues traditionnelles, accompagnés de quelques têtes de bétail, viennent acheter et vendre.
Les femmes vendent
des légumes, des fruits, du lait caillé qui stagne dans des seaux
en plastique à température ambiante, des étoffes et quelques
bijoux en perles.
Ce qui me frappa le plus sur ce marché, furent
sans doute les étales de sandales qu'ils confectionnent en pneu
de voiture. Elles existent dans toutes les tailles de la plus
petite à la plus grande et un coup d’œil rapide sur leurs
pieds, m'a prouvé que tous les portaient.Chose curieuse, elles se marient parfaitement bien avec leurs pagnes rouges ou orangés et les perles qui ornementent leurs chevilles. Ce fut un vrai bonheur de voir tous ces Massaï, au port altier, avec leur grand bâton et leur poignard accroché à la ceinture, même si, le téléphone portable qu'ils utilisaient, donnait une touche anachronique à leur accoutrement.
samedi 9 février 2013
Tanzanie : Visite d'un village Massaï
L'agence payée comme dans les mauvais films, en catimini, dans un van, notre contrat en main, nous pouvons enfin commencer les
visites. Nous ne restons que trois jours et notre programme est
ambitieux : les Massaïs, le Kilimandjaro et naturellement un jour
de safari.
Cette première journée fort entamée par les négociations avec
Procell Tours & Safaris et la banque où nous avons fait le
pied de grue pendant deux heures ne nous laissait juste qu'une
demi journée de découverte massaï. Après nous avoir déposées, ma
fille et moi à une jonction pour rejoindre un jeune guide, nous
avons marché entre les bananiers, les plantations de café et de
maïs pour atteindre un jardin où un déjeuner nous attendait.
Végétarien : du riz, des pommes de terre en sauce, des feuilles
de lengalenga (épinards locaux) et des fruits locaux. Ensuite,
marche vers le village. Les paysages sont beaux et dépaysants et
le nombre d'enfants, curieux et désœuvrés, croît au fur et à
mesure que nous nous rapprochons des habitations. Enfin le
village et des cases disséminées entre les bananiers.
A
l'intérieur, une odeur inhabituelle incommode nos narines. Hum,
qu'est-ce que ça sent demandons-nous à notre guide ? La bouse
de vache! intéressant ! Nous l'ignorions. Les cases sont
construites en bouse, par les femmes. L'habitat est sommaire.
L'espace le plus vaste est dévolu aux vaches.
Un Massaï ne serait
pas Massaï sans ses vaches, un espace repas et un lit que la
femme partage avec ses enfants. L'homme, polygame, dispose d'une
case plus grande et y reçoit ses épouses, à tour de rôle. Chose
étrange, aucune case n'a de porte et nous supposons que les
fauves sont éloignés par les fourneaux qui brûlent à
l'intérieur, une partie de la nuit.
Avant de quitter le village, une photo s'impose avec les
habitants. Un vieux Massaï, à l’œil pétillant, en profite pour
se glisser près de ma fille et l'enlacer. Avant de partir pour
aller visiter le marché massaï, il avait déjà fait sa demande en
mariage. Des vaches, beaucoup de vaches... contre une jeune
fille. Ça demande réflexion !
| En route vers le village |
| Accueil par la propriétaire de la case |
| Foyer Massaï et chambre à coucher |
![]() |
| Décoration et coin cuisine à l'intérieur de la case |
| Des vaches contre une jeune femme |
![]() |
| Sur le chemin du retour, dépouillée de mon chapeau et de mes lunettes |
dimanche 11 novembre 2012
Burundi : une Tabaski sans mouton
Après avoir passé 25 ans au Sénégal et m'être régulièrement régalée chez mes amis le jour de la Tabaski, j'étais loin de m'imaginer que l'on pouvait célébrer cette fête, ailleurs, en Afrique, sans sacrifier de mouton.
Bien
sûr le Burundi n'est pas le Sénégal et le pays ne compte que 10 %
de musulmans, mais une Tabaski sans mouton, c'est quoi ça ?
J'ai
passé les semaines qui ont précédé la Tabaski à attendre les
moutons. Rien. Alors que Dakar se transforme chaque année en
"enclos" à moutons et que la fête alimente toutes les
conversations, j'ai traqué le bélier, posé des questions aux
quelques musulmans burundais que j'avais rencontrés, mais en vain !
Bujumbura demeurait insensible à la fièvre du mouton. Le jour de la fête
arrive. Il doit se passer quelque chose. Je guette les signes qui
pourraient me rappeler "ma Tabaski". Une odeur de côtelettes grillées qui viendrait chatouiller mes narines, un boubou, un enfant
endimanché, bon alors, un homme "embaziné" au volant d'un
gros 4X4 (parce que ça, ça existe) et qui serait parti faire des
salamalecs pendant que madame est au fourneau. Et bien non. Le néant
!
Le
lendemain, je vois Mohamed, un Sénégalais installé à Bujumbura.
Mais dis-moi qu'est-ce que tu as fait pour la fête ? "Hé waï,
vraiment, c'est un casse-tête quoi, moutons amoul" ! Mais alors
? " man z'ai acheté un zigo de chèvre". "Bajul de",
répondis-je, pleine de compassion.
Une
semaine plus tard, assise au Club house du golf, j'ai voulu en savoir
plus. "Pourquoi est-ce si difficile de manger du mouton dans
votre pays" ? j'ai aussitôt senti la consternation dans les
regards. Ça ne peut être qu'une étrangère pour poser une question
aussi stupide. "Mais le mouton, ce n'est pas de la viande noble,
c'est de la viande pour les pygmées". Ah oui, alors vous ne viendrez pas à
mon méchoui, insistai-je en souriant. Le silence fut leur réponse.
J'ai compris que ma prochaine Tabaski serait tout aussi inexistante
que la première. Au fait mes amis, vous faites quoi l'année
prochaine à Dakar ?
PS : Désolée pour ma transcription du ouolof !
PS : Désolée pour ma transcription du ouolof !
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