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mercredi 18 juin 2014

Arrivée à l'aéroport des Seychelles : L'Afrique stigmatisée


La veille de notre départ, je regarde sur le site des Seychelles quelles sont les recommandations et les documents avec lesquels nous devons voyager. Aucun carnet de vaccination n'est requis, pas même la fièvre jaune. Je ne ne suis pas étonnée. Les Seychelles sont une destination touristique, haut de gamme qui ne souhaitent pas tracasser les touristes. Ainsi donc, munis de nos passeports uniquement, nous avons une première surprise dans l'avion quand on nous demande de préparer nos carnets pour la fièvre jaune. Moment d'angoisse. A notre descente d'avion, un employé nous conduit aux formalités sanitaires. Les Seychellois ne sont pas des africains avec lesquels il est possible de dialoguer. Les directives sont les directives. Aucune possibilité de s'expliquer. J'insiste et veux savoir pourquoi rien n'est précisé sur le site des Seychelles. La réponse tombe comme un couperet : tous les passagers en provenance de l'Afrique ou à bord d'un vol africain doivent être en règle avec leurs vaccinations même s'ils ne font que transiter à Nairobi ou Addis. « Cela signifie-t-il que nous sommes stigmatisés et que nous sommes forcément porteurs de virus parce que nous habitons en Afrique» demandais-je légèrement interloquée ? L'agent me lance un regard noir. Présentez-vous tous à l'hôpital de Victoria, lundi à la première heure. Son ton est sans réplique.

Pendant ce temps, la file des passagers avance anormalement doucement vers la sortie. Que se passe-t-il encore ? Un homme s'impatiente. « C'est toujours la même chose, dès que l'on arrive d'Afrique, on est immédiatement suspectés d'être des trafiquants de drogue et tous nos bagages sont passés au peigne fin ». En effet, nos valises sont deux fois scannées, reniflées par des chiens et nos bagages à main minutieusement inspectés. Je ne m'attendais pas à faire l'objet d'une telle méfiance car dites-moi, les Seychelles ne sont-elles pas, elles aussi, un pays africain ?

Les Seychelles : un départ pas si idyllique


Les Seychelles, une destination qui fait rêver : Les plages de sable fin et les eaux turquoises. Des clichés qui font du bien quand les pluies du Burundi viennent plomber notre moral. Alors, pour nous booster et offrir des vacances de rêve à nos deux enfants, c'est donc décidé, nous partons une semaine dans ces îles paradisiaques pour savourer le farniente, la nourriture aux doux épices et les fruits gorgés de soleil qui, rien qu'à leur évocation, me font déjà saliver.

Mais, même les tableaux les plus idylliques peuvent s'assombrir d'un coup. Ainsi, quelques jours avant notre départ, mon mari se retrouve cloué au lit à cause d'une horrible sciatique (désolée pour le pléonasme). Trouver un bon médecin dans ce petit pays de l'Est qui a même gentiment été égratigné dans le film à succès « Mais qu'est-ce qu'on a fait au bon dieu », relève de la gageure. Les communications entre la France et le Burundi vont bon train. Des consultations téléphoniques et des conseils que nous suivons à la lettre et qui seront confirmés par un praticien qui nous délivre l'ordonnance miraculeuse. Mais les miracles, sauf à Lourdes, ne sont pas immédiats et c'est en fauteuil roulant que le patriarche se déplacera dans les aéroports. Je reconnais. Ça fait un peu éclopé au troisième degré. Mais nous sommes tous unis devant la douleur. L'hôtesse annonce notre vol. Le fauteuil roulant nous permet de passer devant
 tout le monde. Nous voilà tous installés dans l'avion. Plus rien ne peut plus nous arrêter. A nous les Seychelles, le soleil, la mer et les anti inflammatoires !

mardi 17 septembre 2013

Livre : "Baho" de Roland Rugero

image: http://www.librairiepantoute.com

Le livre de Roland Rugero "Baho", 110 pages, édité dans le sud de la France chez Vents d'ailleurs, se lit bien. L'histoire est intéressante et originale. Il décrit avec beaucoup de finesse une société burundaise traumatisée, la barbarie des hommes, la vulnérabilité des infirmes, en particulier celle de Nyamuragi le muet, accusé injustement de viol. L'effet de foule, la projection des turpitudes de chacun, la célérité à tuer un être humain sans jugement pour assouvir une soif de vengeance et de pouvoir, la sagesse de la vieille borgne qui suit à distance les événements, et une fin qui me donne encore la chair de poule. Tout est là pour que le livre soit lu jusqu'au bout. 


Mais, en tant que lectrice, si j'ai aimé le fond de l'histoire, j'ai moins apprécié la forme. Le style est parfois maladroit avec le goût prononcé de l'auteur à placer les adjectifs avant les noms : " d'urgents besoins, le noble haricot, les nobles âmes, il broie ferme poulets, le sage homme, etc., sans compter quelques maladresses "un long moutonnement de bruissements" ou "Il était saoul d'invitations à aller prendre quelques coups de vin de banane, avant même d'avoir commencé à boire".

Si le livre pèche par quelques maladresses, il reste globalement un bon livre et Roland Rugero, qui est encore très jeune, a un vrai talent d'écrivain.
Roland Rugero , écrivain (www.akeza.net)

lundi 16 septembre 2013

Théâtre à l'Institut français du Burundi : "Machine 26, couloir C"

Un bon divertissement


image: http://www.iwacu-burundi.org
Il y a deux mois, j'avais émis mon avis sur un ténor qui avait annulé sa prestation, trois jours avant la date fixée, aux chorégies d'Orange. Tollé général, une avalanche de messages, souvent injurieux, m'avait été adressée car on ne touche pas aux idoles de certains. Soit ! Chacun peut être fan de qui il veut, tant que la liberté d'expression est respectée. En revanche, le racisme véhiculé dans les messages qui me demandaient "de retourner dans mon Burundi" m'interpella.

Il est bien évident que pour tous ces détracteurs qui se cachent derrière l'anonymat, un Africain ou quiconque habitant en Afrique est dépourvu de toute connaissance et de tout sens critique. Je suis de retour à Bujumbura où je réside depuis deux ans et c'est vrai qu'ici, nous ne disposons pas des infrastructures présentes dans les grandes villes européennes, ni de leur éventail culturel. Pourtant les choses bougent. Des initiatives sont prises et des spectacles se montent. Ainsi, vendredi et samedi soir, à l'institut français du Burundi était présentée la pièce de théâtre "Machine 26, couloir C". Une pièce agréable, écrite par Patrice Faye et interprétée par la troupe Burundaise Pili-pili, ce qui prouve la volonté et le potentiel culturels qui existent dans ce pays.

Malgré un prix d'entrée modique (environ trois euros) par rapport aux montants pratiqués en occident, les comédiens n'ont pas ménagé leurs efforts pour monter ce spectacle et divertir le public. Nous sommes bien loin des caprices de stars qui sont payées des milliers d'euros. Alors, pour tous ceux qui critiquent un pays qu'ils ne connaissent pas, je les invite à venir juste une fois au Burundi et ils comprendront ainsi qu'un pays, même pauvre, ne mérite pas d'être traité avec condescendance.

dimanche 8 septembre 2013

Michel Kayoya (1934-1972) : Une référence au Burundi

Michel Kayoya sur wikipedia
Burundais, catholique, le père Michel Kayoya est né le 8 décembre en 1943 à Kibumbu et arrêté durant la nuit du 13 mai 1972 à Gitega où il sera exécuté. De 1948-1955, il passe au Petit Séminaire de Mugera et de 1955-1958, il entre au Grand Séminaire de Burasira où il poursuit des études de philosophie. Il part ensuite en Belgique au Scolasticat des Missionnaires d'Afrique (Pères Blancs) mais décide finalement de rentrer dans son pays natal, en 1962. Le 8 juillet 1963, il est alors ordonné prêtre dans l'archidiocèse de Gitega .

D'une personnalité hors du commun, le père Michel Kayoya marque le Burundi par sa pensée et exprime ses idées dans deux livres : Entre Deux Mondes (1970) et Sur les Traces de Mon Père (1971) dans lesquels non seulement il dénonçe la situation socio-économique et politique de son pays, mais il invite aussi la jeune génération à retourner aux sources de l'humanisme de ses pères. D'une profonde bonté et épris de justice, le père Michel Kayoya n'a cessé de prêcher l'amour par l'exemple jusqu'au jour de son exécution où, face aux soldats, il leur prononça encore des paroles de pardon.

Michel Kayoya, par son action, ses livres et sa mort tragique lors des événements de 1972, alors qu'il n'avait que 38 ans, font de lui non seulement un héros mais une référence présente dans l'esprit de tous les Burundais.
images de http://www.mafrome.org/ordinatio/kayoya_michel_2_livres.jpg


lundi 13 mai 2013

Le Café Gourmand, un an déjà !


Il y a un an, la France élisait son nouveau président. La communauté française du Burundi se rendait à l'ambassade, et, après l'isoloir, de quoi parlait-elle ? Des élections ? Non, pas uniquement, mais de l'ouverture du Café Gourmand et de sa baguette aussi croustillante que celle qu'on achète là-bas, où l'on ne rigole pas avec la gastronomie. Discrètement coupée, dans un bureau, à l'abri des regards, quelques chanceux avaient pu la goûter après leur devoir civique accompli. Un morceau de pain mangé avec délectation. N'était-ce pas un avant-goût du paradis !
Si le premier anniversaire du Président français a été ultra médiatisé pour des raisons que je me garderai de commenter, l'anniversaire du Café Gourmand qui a contribué à embellir la vie d'une bonne partie de la population de Bujumbura fut nettement plus discret. Comme à l'accoutumée, les clients allaient et venaient, les bras chargés de pains et de pâtisseries, pendant que d'autres, attablés, bavardaient ou profitaient de la connexion internet gratuite.
Alors que je sirotais un jus de fruits, le regard vague, un détail attira soudain mon attention. Un homme, jeune, vêtu d'une veste blanche avec un col bleu, blanc, rouge fit irruption dans la salle. Je n'en croyais pas mes yeux : quoi, l'un des Meilleurs Ouvriers de France (MOF), ici, à Bujumbura, au Café Gourmand ? Unbelievable ! Il fallait que j'en aie le cœur net. Après avoir passé quelques minutes toutes antennes sorties et les yeux comme les caméléons, je l'ai happé dès qu'il est repassé. Un scan rapide de sa blouse me confirma que Sylvain Herviaux était bel et bien MOF, lauréat de l'année 2011. Que de persévérance, de travail, et d'abnégation pour avoir le droit de porter ce col distinctif ! En effet, depuis 1969, date de création de ce concours, seulement 77 boulangers dans toute la France ont obtenu ce titre qui est la consécration absolue. Ce concours extrêmement difficile se déroule sur dix huit mois et voit au cours des épreuves les rangs se clairsemer. Seule une poignée de candidats pourront accéder à la finale et prouver leur maîtrise totale de leur métier de boulanger (création de nouveaux pains, nouvelles saveurs, nouvelles formes), et démontrer leur talent de créateur et d'artiste. Car, comment reproduire la phrase imposée en 2011 : « Blaise Pascal, cet Auvergnat de Génie » si l'on n'est pas soi-même génial ! Et Sylvain Herviaux, grâce à un travail titanesque, a su représenter, à l'identique, et en pain, le bureau de Pascal.

Mais, que Diable faisait-il ici, à Bujumbura, au Café Gourmand, à des milliers de kilomètres de Boisgervilly où il fit ses premiers pas de boulanger avec son père et son grand-père ?

Formateur et ami de Hermann Ferga, Directeur du Café Gourmand, Sylvain Herviaux était déjà venu au Burundi, il y a un an, pour, ensemble, former le personnel et mettre en place une gamme de pains, viennoiseries et pâtisseries. Cette année, pour ce premier anniversaire, sa mission était de poursuivre ce qui avait été initié et de tester les nouveaux produits que vous découvrirez bientôt. Mais, si le Café gourmand a réussi son pari de maintenir une excellente qualité, d'innover, et d'aller au-delà des attentes de ses clients, ses ambitions n'en restent pas là. Avec la complicité de Sylvain, le Café Gourmand a l'intention de faire rayonner le Burundi sur le plan international en se présentant à la Mondiale du pain en ... 2017. Au fait, une question : n'est-ce pas la date des prochaines élections présidentielles françaises ?

dimanche 20 janvier 2013

Burundi, Gitega et les tambours royaux de Gishora. L'arnaque !

A deux heures de route de Bujumbura, car il faut dépasser les camions poussifs dans les lacets auxquels sont accrochés des cyclistes téméraires, Gitega, la première capitale du Burundi, est une adorable petite ville accrochée au flanc des collines. La couleur de brique donne à cette grande bourgade une atmosphère douce et apaisante et les bâtiments nous rappellent la présence belge, française mais aussi allemande.

Après avoir vu le fort transformé aujourd'hui en prison, parcouru de long et en large la route principale, photographié les maisons à arcades, jeté un coup d’œil au marché, nous nous sommes rapprochés de l'église et du grand monastère, parfaitement entretenus, qui témoignent de l'importance de la religion dans cette partie du pays. Et puis, retour sur nos pas, la route principale -et rien n'avait changé-, nouvelles photos -il fallait bien justifier notre présence- et halte dans un restaurant.


Après voir mangé avec plaisir des brochettes de chèvre, une question à un serveur. Que nous reste-t-il à visiter ? Le musée bien-sûr mais aussi les tambours royaux de Gishora. Dilemme. Nous avons prévu de rentrer le jour même à Bujumbura. Courte consultation. Nous  optons pour les tambourinaires. Mais où se cachent-ils nous ne les avons pas vus ? Et quand on vous répond en Afrique : "pas loin, tout droit, à quatre kilomètres, juste à l'entrée de la ville", vous êtes sûrs que les choses vont se corser.

Et effet après avoir suivi scrupuleusement les indications, nous n'avions pas vu l'ombre d'un tambour. Nous tendons notre papier avec le nom du village mentionné dessus. En vain, tout  le monde ne sait pas lire. Enfin, quelqu'un qui peut nous renseigner, et en français. "C'est par là". Nous levons les yeux et découvrons que nous sommes en face de la pancarte. L'unique que nous trouverons d'ailleurs. "Et maintenant c'est à neuf kilomètres de piste". Rien ne nous rebute. Mais la piste se dédouble à plusieurs endroits. Nous imitons les gestes des tambourinaires. Ça marche. Après une demi-heure nous voici enfin arrivés.

Pas de chef de village. Bizarre. Il devrait être là pour organiser la visite. Nous attendons. Quelques curieux nous encerclent puis un homme encore jeune s'approche de nous. Nous voulons écouter les tambours. D'accord, le prix que l'on nous propose est déjà majoré par rapport à celui annoncé par le serveur. 5 000 F Bu. Nous acceptons. D'autres personnes arrivent. Conciliabule. Avant de nous installer, je demande une dernière fois le prix. 100 000 F bu pour 20 mn. Pardon ? Il répète le même montant. Je suis pas sûre d'avoir bien entendu. Il écrit le montant dans sa main. Aucune erreur possible. Nous décidons de partir. Il veut négocier le prix. Nous refusons. Nous n'aurons pas entendu les tambours royaux de Gishora.

Nous sommes touristes certes, mais pas idiots.  A l'avenir, il serait souhaitable pour ne pas décourager les rares touristes qui viennent au Burundi que des mesures soient prises et pourquoi ne pas commencer tout simplement par inscrire les prix à l'entré comme cela se fait dans la plupart des lieux touristiques à travers le monde ?

dimanche 11 novembre 2012

Burundi : une Tabaski sans mouton



Après avoir passé 25 ans au Sénégal et m'être régulièrement régalée chez mes amis le jour de la Tabaski, j'étais loin de m'imaginer que l'on pouvait célébrer cette fête, ailleurs, en Afrique, sans sacrifier de mouton.

Bien sûr le Burundi n'est pas le Sénégal et le pays ne compte que 10 % de musulmans, mais une Tabaski sans mouton, c'est quoi ça ?

J'ai passé les semaines qui ont précédé la Tabaski à attendre les moutons. Rien. Alors que Dakar se transforme chaque année en "enclos" à moutons et que la fête alimente toutes les conversations, j'ai traqué le bélier, posé des questions aux quelques musulmans burundais que j'avais rencontrés, mais en vain ! Bujumbura demeurait insensible à la fièvre du mouton. Le jour de la fête arrive. Il doit se passer quelque chose. Je guette les signes qui pourraient me rappeler "ma Tabaski". Une odeur de côtelettes grillées qui viendrait chatouiller mes narines, un boubou, un enfant endimanché, bon alors, un homme "embaziné" au volant d'un gros 4X4 (parce que ça, ça existe) et qui serait parti faire des salamalecs pendant que madame est au fourneau. Et bien non. Le néant !

Le lendemain, je vois Mohamed, un Sénégalais installé à Bujumbura. Mais dis-moi qu'est-ce que tu as fait pour la fête ? "Hé waï, vraiment, c'est un casse-tête quoi, moutons amoul" ! Mais alors ? " man z'ai acheté un zigo de chèvre". "Bajul de", répondis-je, pleine de compassion.

Une semaine plus tard, assise au Club house du golf, j'ai voulu en savoir plus. "Pourquoi est-ce si difficile de manger du mouton dans votre pays" ? j'ai aussitôt senti la consternation dans les regards. Ça ne peut être qu'une étrangère pour poser une question aussi stupide. "Mais le mouton, ce n'est pas de la viande noble, c'est de la viande pour les pygmées". Ah oui, alors vous ne viendrez pas à mon méchoui, insistai-je en souriant. Le silence fut leur réponse. J'ai compris que ma prochaine Tabaski serait tout aussi inexistante que la première. Au fait mes amis, vous faites quoi l'année prochaine à Dakar ?

PS : Désolée pour ma transcription du ouolof !

Burundi : Enfin du bon pain !


S'installer à Bujumbura après le Laos où l'on a plusieurs salons de thé, le pain de Bannetton et des jus de fruits fraîchement pressés, relève de la gageure. Stoïquement, on accepte de manger des croissants qui vous plombent l'estomac, des petits pains d'une redoutable élasticité et des baguettes qui se ratatinent au premier regard.

Les premières semaines au Burundi, on s'efforce de transcender ces petits détails (en espérant que cela ne va pas durer) et on se concentre sur la beauté verdoyante des collines et le lac Tanganyika qui s'étend devant vous. Mais, mais, mais, au bout de trois mois, plus de collines, plus de lac, on veut du pain, des croissants et des vrais !

Et un jour, l'incroyable arrive ! Une boulangerie pâtisserie salon de thé ultra moderne ouvre ses portes. La nouvelle se répand encore plus vite qu'une traînée de poudre. 
"Le Café Gourmand" est pris d'assaut et l'accès aux tables fait l'objet d'âpres discussions. Les expatriés l'assiègent littéralement et les Burundais qui ont délaissé les gâteaux multicolores à la crème s'adonnent avec délectation aux tartelettes aux fraises, éclairs au chocolat, mille-feuilles, opéras et autres pâtisseries. 

 
"Le Café Gourmand" a certes flatté nos papilles, mais il a aussi provoqué une petite révolution dans notre quotidien. Il est devenu l'endroit où il faut être vus et où les croissants se mangent avec un couteau et une fourchette, du bout des lèvres et l'auriculaire levé. 

Pour vous qui auriez envie de venir me voir au Burundi, inutile de vous donner mon adresse. Rendez-vous directement au Café Gourmand. Vous avez mille chances de m'y trouver.

jeudi 8 novembre 2012

Les livres de Mo Yan et de Scholastique Mukasonga à Bujumbura !


Bujumbura, capitale du Burundi située au bord du lac Tanganyanika est pour beaucoup d'européens (sauf pour les Belges bien entendu), une ville énigmatique, lointaine, inconnue. D'ailleurs dites à quelqu'un j'habite à Bujumbura et vous  êtes sûrs que la personne s'y reprend à trois fois pour prononcer le nom et après l'avoir écorché, charcuté, interverti les voyelles et même, dans certains cas, ajouté des syllabes, votre interlocuteur vous fixe, l'air hagard, et vous demande dépité : "c'est où çà" ?

Mais oui, mais oui, Bujumbura est sur la planète terre et le Burundi a des frontières avec le Rwanda, la Tanzanie et le Congo Kinshasa. Ah s'exclame-t-on alors, les safaris, le génocide et Mobutu. A chacun ses références !

Image: Amazon.fr
Image: Amazon.fr
Aujourd'hui, je suis heureuse que cette ville, sans librairie, sauf quelques endroits poussièreux qui datent de l'époque coloniale où vous ne trouvez que des livres sur Jésus, ait depuis des mois, à l'Institut Français du Burundi, le livre "Grenouilles" de Mo Yan, prix Nobel de littérature, et "Notre-Dame du Nil", de Scholastique Mukasonga, le tout nouveau prix Renaudot.

Cette prouesse, nous la devons à la création des pages littéraires du mensuel IWACU que j'ai eu le plaisir de concevoir et démarrer. J'avais pu, en effet, à l'époque, recommander ces livres et les rapporter à l'Institut Français du Burundi qui les avait financés dans un souci de diversifier ses auteurs. Bien-sûr, l'auteur Chinois n'avait pas fait l'unanimité auprès des bailleurs suisses qui l'avaient jugé trop éloigné du petit Burundi. Mais la littérature, avais-je expliqué, c'est aller au delà de la politique du développement, des pays et des continents. Aujourd'hui, deux prix littéraires sont disponibles à Bujumbura et ce, avant même qu'ils ne soient décernés. Ça c'est un scoop !