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lundi 9 décembre 2013

Livre : Les derniers Indiens de Marie-Hélène Lafon
Une famille qui se meurt

Image : Amazon.fr
Les Santoire, une famille paysanne aisée, est en voie d'extinction, après quatre générations. La ferme est grande, trop grande, pour une famille petite, de plus en plus petite, rabougrie, tassée et recroquevillée sur elle-même. Elle se meurt en lançant des regards aux voisins, les Lavigne, qui vivent, rient, entreprennent, se reproduisent, font du bruit et dont les femmes portent des couleurs vives. 

 La famille Santoire agonise dans son Auvergne natale et enterre ses membres. Les grands-parents d'abord, puis le père qui ne possédait rien et qui a été épousé pour sa force de travail : on avait besoin d'un homme costaud à la ferme, et le fils aîné, Pierre, le préféré de la mère, malgré les humiliations qu'il lui aura infligées. Il sera le seul à quitter la famille, pour une divorcée, mère de deux enfants, et pire encore, il choisira l'usine alors que la ferme avait besoin de ses bras vigoureux. Mais, il retournera dans la maison de famille, « entre les mains de sa mère, défait, puni et crucifié d'avoir trahi » pour y mourir d'une maladie dont le nom ne sera jamais cité. 

A la mort du fils, la mère qui ne voulait pas se donner en spectacle allait peu sur la tombe, mais elle « se retirait dans la chambre dont les volets restaient fermés ». Priait-elle ? Pleurait-elle ? Elle mourut à son tour, « la bouche mince fermée sur les secrets de maison » et laissa les deux derniers descendants de la famille Santoire, ces deux autres enfants à l'âge déjà avancé, Jean et Marie, transparents et inodores. Leur vie est rythmée par les repas, le journal que Jean lit chaque matin et les prospectus publicitaires que Marie épluchent et classent sur une étagère, car jamais elle n'achètera quoique ce soit. Et, il y a les heures qu'ils passent à regarder par la fenêtre, les voisins d'en face, plus vivants et prolifiques que jamais. Modernes, travailleurs inventifs et ambitieux, ils ne cessent d'agrandir leur propriété et attendent que « Les derniers Indiens » rendent l'âme pour s'approprier terres, maison et tout ce que la famille Santoire aura accumulé pendant des décennies.

Ce livre magnifiquement écrit est un contraste bouleversant entre cette famille qui s'éteint, drapée dans ses convenances et ses principes et qui aura vécu toute sa vie à l'ombre d'elle-même et les voisins, résolument modernes qui entreprennent réussissent et vivent.

lundi 25 novembre 2013

Livre : « La femme parfaite est une connasse »

Ouais et après !

Image : Amazon.fr
Je me réjouissais de lire ce livre, enfin ce "carnet", car il ne pouvait pas se vendre à 200 000 exemplaires et être complètement nul. Bien sûr, j'avais quelques appréhensions, je le reconnais, mais ces deux filles étaient sympa, drôles, gonflées et intelligentes. Je pressentais un humour à deux sous, mais, comme l'article que j'avais lu sur elles dans un hebdo que je respecte m'avait séduite, j'ai fini par commander le livre à ne pas manquer.

Je suis heureuse de l'avoir terminé car le style et les clichés commençaient à me donner la migraine. Je ne m'attendais pas à énormément de subtilité mais à un peu plus tout de même. J'attendais l'anecdote truculente qui vous fait vous esclaffer, mais en vain. Je me suis ennuyée, mais surtout je n'ai jamais ri, à peine souri. La chose qui m'a plu a été le format du livre et je reconnais que le titre est extrêmement accrocheur, -il fallait l'oser- ainsi que la photo de couverture. Mes points positifs s'arrêtent là.


Si la femme moderne de 2013 est semblable à celle décrite, cela m'attriste beaucoup. Jusqu'à présent, je n'ai pas compris l'intérêt de ce livre mais sans doute est-ce un problème de génération. En tout cas, une chose est sûre après la lecture de ce «carnet», mon choix va irrésistiblement vers la connasse.

jeudi 17 octobre 2013

Livre : Amélie Nothomb, la Nostalgie heureuse
Une sincérité troublante

image : fnac

Un jour où Amélie Nothomb était invitée à une conférence à Carpentras dans le sud de la France, elle fut interpellée par un membre de l'assistance sur sa production littéraire pléthorique et la qualité inégale de ses romans. Sans complexe elle compara ses livres à des enfants, tous uniques, tous différents, parfois plus ou moins réussis, mais toujours dignes d'amour.

Avec son livre « la nostalgie heureuse », elle vient de signer un très beau récit qui m'a frappée par sa sincérité. Il n'est pas toujours facile de parler de soi en respectant l'objectivité et il est encore plus difficile de se mettre en scène dans des circonstances ingrates ou peu flatteuses. Amélie Nothomb ne joue pas à la star. Elle s'en moque. Elle est un écrivain célèbre, certes, et elle le sait, mais elle est avant tout une femme, comme les autres, avec une sensibilité exacerbée, ses faiblesses, ses sentiments, ses doutes, ses peurs et ses interrogations. Et des interrogations, elle en a en permanence par crainte de décevoir ou d'être déçue.

Dans son livre elle nous fait visiter le Japon de son enfance, de l'âge adulte et de l'amour. On l'accompagne à la redécouverte de certains lieux qui furent les siens, des lieux où elle fut heureuse car le Japon vit en elle. Magnifique narratrice, elle nous balade, toujours avec pudeur et respect dans sa vie même si parfois elle élève des barrières que nous respectons.

Nostalgie heureuse est l'un des meilleurs livres que j'ai lus lors de cette rentrée littéraire et son style est presque une offense pour tous les jeunes auteurs, tant elle écrit bien.

mardi 17 septembre 2013

Livre : "Baho" de Roland Rugero

image: http://www.librairiepantoute.com

Le livre de Roland Rugero "Baho", 110 pages, édité dans le sud de la France chez Vents d'ailleurs, se lit bien. L'histoire est intéressante et originale. Il décrit avec beaucoup de finesse une société burundaise traumatisée, la barbarie des hommes, la vulnérabilité des infirmes, en particulier celle de Nyamuragi le muet, accusé injustement de viol. L'effet de foule, la projection des turpitudes de chacun, la célérité à tuer un être humain sans jugement pour assouvir une soif de vengeance et de pouvoir, la sagesse de la vieille borgne qui suit à distance les événements, et une fin qui me donne encore la chair de poule. Tout est là pour que le livre soit lu jusqu'au bout. 


Mais, en tant que lectrice, si j'ai aimé le fond de l'histoire, j'ai moins apprécié la forme. Le style est parfois maladroit avec le goût prononcé de l'auteur à placer les adjectifs avant les noms : " d'urgents besoins, le noble haricot, les nobles âmes, il broie ferme poulets, le sage homme, etc., sans compter quelques maladresses "un long moutonnement de bruissements" ou "Il était saoul d'invitations à aller prendre quelques coups de vin de banane, avant même d'avoir commencé à boire".

Si le livre pèche par quelques maladresses, il reste globalement un bon livre et Roland Rugero, qui est encore très jeune, a un vrai talent d'écrivain.
Roland Rugero , écrivain (www.akeza.net)

dimanche 25 août 2013

Livre : Jonas Jonasson "Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire"

Un air de déjà lu


Dans le TGV Paris-Avignon. Un homme assis en face de moi, absorbé par son livre, s'esclaffe soudain. Je lève les yeux de mes magazines et l'observe. Il me sourit et reprend sa lecture. Je reconnais la couverture. Ce vieillard au garde à vous en combinaison en éponge rose est unique. Après avoir maintes fois hésité à l'acheter, c'est décidé, après "la douce empoisonneuse" de Arto Paasilinna, je lirai "le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire". Après tout la Finlande et la Suède ne sont pas si éloignées.

image : Amazon
image : Amazon
Très vite mon attention tombe. J'ai une impression de déjà vu, de déjà lu. Le roman ne manque pas d'intérêt, de rythme et pourtant je me surprends à le lâcher à plusieurs reprises. Mais pourquoi donc ? Tout est là. Le vieux est drôle et attachant avec un bon sens à la limite de l'idiotie. Ses rencontres sont désopilantes mais les similitudes entre les deux livres, le style, les péripéties, les personnages me gênent et je regrette d'avoir enchaîné les deux bouquins. L'humour un peu décalé ne m'amuse pas. Parfois un sourire qui se meurt entre deux soupirs. Je l'ai lu pourtant jusqu'au bout en me demandant souvent ce qui différenciait ce roman de celui de Paasilinna. Il est évident que si j'avais commencé par "le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire", je l'aurais lu avec plaisir. Hélas, ce ne fut pas le cas et au fur et à mesure que j'avançais dans le récit, j'avais l'impression de retrouver l'esprit du livre de l'auteur finlandais.

J'ai commis l'erreur de les lire l'un à la suite de l'autre. Je l'admets. Le souvenir de "La douce empoisonneuse" était beaucoup trop présent pour que j'apprécie "Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire" à sa juste valeur. Alors, prise de remords de m'être ennuyée dans le roman de Jonasson et pour m'assurer que ces ressemblances n'étaient pas le fruit de mon imagination je me suis intéressée aux deux auteurs. Jonas Jonasson est un grand admirateur de Arto Paasilina. On l'aura deviné !

mercredi 2 janvier 2013

Ayélé fille de l'ombre à nouveau disponible

Existe aussi en Allemand !



Après une rupture de stock, mon roman "Ayélé, fille de l'ombre" est à nouveau disponible, en français et en allemand. On peut le trouver dans les librairies en-ligne sur Books on Demand et Amazon, en version livre et en numérique, dans les deux langues.


Quelques réactions : 

C'est l'un des plus beaux livres que j'ai lu ces derniers temps, et à la fin j'ai commencé à pleurer, même en sachant que c'est "seulement" une histoire. Véronique a un nouvel admirateur. Son style d'écriture est vraiment très beau. Ce livre est un héritage pour tous ceux qui vivent entre les deux mondes de l'Afrique et de l'Europe. Super!

Un style et un langage merveilleux, mais surtout une histoire incroyable! Je souhaite au livre une grande diffusion, afin que les gens avec un sort semblable prennent courage et ceux qui ne peuvent pas s'imaginer quelque chose de pareil, élargissent leur vision du monde.

Schlanke pointierte Sprache erzählt bildhaft, leichtfüßig und präzise, sehr angenehm zu lesen. Tolle Übersetzung, in der  das französische Original noch schön zu "hören"ist ; hin und wieder kleine Sarkasmen oder Ironien. (Fünf *****, weil es nur fünf gibt).


Nun habe ich in wenigen Tagen Ayélé, Tochter im Schatten gelesen, obwohl ich höchst ungern längere Texte am PC lese. Ich bin sehr berührt, vor allem von der ersten Hälfte und musste mehrmals innehalten, um zu verdauen. Die Art von Véroniques Beschreibung ist exquisit in der Beobachtung und der Charakterisierung der Menschen, auch die feine Ironie und der vielfach selbstheilende Humor... Alles in allem ein riesiger Bogen, der aufwühlt und die Leser verändert, das ist großartig!

Pour en savoir plus - Mehr darüber

 

mardi 1 janvier 2013

Metin Arditi: Prince d'orchestre


Quand nous partons en voyage pour de longs mois, nous sommes toujours confrontés au terrible dilemme : quels livres allons nous glisser dans notre valise. Bien sûr, il y a les prix littéraires, les incontournables des rentrées littéraires et puis, il y a ceux que vous découvrez.
Pour moi, le roman de Metin Arditi fut une très belle rencontre avec un monde musical que je ne connaissais pas ou si peu. Malgré la beauté des opéras qui accompagne la lecture du roman, nous découvrons la fragilité d'un chef d'orchestre trop brillant, trop exigeant, trop génial sans doute, dont l'assurance du début se craquelle au fil des pages. Une vie où les projecteurs s'éteignent pour illuminer son rival.
La déchéance d'Alexis Kandilis, que nous découvrons dans les premières pages au sommet de sa gloire, m'a été à plusieurs moments, insupportable. Et si ce n'avait été le talent de l'auteur, je crois que j'aurais définitivement fermé mon livre. La fin est inéluctable, on la devine, on la sent, on la vit. On voudrait changer le cours des choses, mettre en garde ce chef d'orchestre hanté par des traumatismes qui se dévoilent au cours du livre, suspendre cette mélodie qui s'impose à lui, qui s'impose à nous et qui rythme sa descente aux enfers. Il est célèbre, certes, mais tellement humain dans sa vulnérabilité.
Sa rencontre avec Menahem qui se rend chaque jour au chevet de son fils plongé dans le coma est magnifique et quand au piano, le maestro Kandilis interprète "les chants des enfants morts" de Gustav Mahler pour ramener cet enfant à la vie est absolument sublime. Le secret qui l'a toute sa vie taraudé revient à la surface. La musique ne pansera pas ses plaies, et, alors que sa mort se rapproche, un enfant revient à la vie. Quel intéressant paradoxe ! Un livre bouleversant, à lire.