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mercredi 6 août 2014

Musicales en Tricastin - Un festival à découvrir

Pour ceux qui habitent la région ou qui viennent chaque année passer leurs vacances en Provence, je vous recommande, si vous êtes amateurs de musique classique, le festival « Musicales en Tricastin ».

Bien-sûr, il n'est pas aussi prestigieux qu'Aix-en-Provence, il n'est même pas question de les comparer car l'approche même est différente. Toutefois, on ne peut qu'apprécier la qualité des concerts et saluer l'initiative de Monsieur et Madame Boucharlat et de leur fils le pianiste Pierre-laurent, pour avoir créé ces rencontres musicales. Depuis déjà treize ans, ils mettent, chaque année, la musique classique à la portée de tous et fidélisent des spectateurs toujours plus nombreux.

Leur approche n'est pas élitiste, ni snob. On vient parce qu'on aime la musique et pas pour être vus, ni pour se gargariser dans des salons feutrés. D'abord, il n'y en a pas. Non, l'ambiance est familiale, mais ne vous méprenez pas car la programmation n'en est pas moins alléchante et les interprètes qui s'arrêtent au festival « Musicales en Tricastin » mènent aussi une carrière internationale et se produisent au très sélect festival de piano de la Roque d'Anthéron.

Cette année, une semaine de musique du 18 au 25 juillet avec des concerts donnés dans la cour du château de Suze la Rousse (La nuit du piano et la nuit de la musique de chambre) et à Saint Paul Trois Châteaux (une petite musique de nuit, le Concert Impromptu, un récital lyrique et pour clore le festival un spectacle lyrique, voir détails sur internet www ).

Si vous n'êtes jamais venus et que vous prévoyez d'être dans la région, ne loupez pas ce festival. Sûr, vous ne le regretterez pas.


Orange - Où sont les touristes ?

Comme chaque année, je suis dans le sud de la France, à Orange et cette fois, je cherche désespérément les touristes. Les terrasses sont quasiment vides et quelques badauds se promènent, à pas lents, l'appareil photo en bandoulière pour immortaliser leur ennui.


Heureusement pour les spectacles des chorégies, les rues s'animent, mais ses visiteurs, hélas, ne restent pas. Tout au plus une nuit et le lendemain ils se font conduire en gare d'Avignon pour regagner leurs pénates ou des lieux plus animés. Après quelques jours, le temps s'améliore, un peu, le soleil commence enfin à sortir (le mistral aussi), puis il recommence à pleuvoir, ce qui n'encourage pas à la flânerie. Les restaurateurs font aussi grise mine. La saison qui a tardé à débuter ne laisse pas augurer des recettes exceptionnelles et chaque jour qui passe, timide et poussif, est un manque à gagner. Si vous ajoutez à cela que les rares touristes comptent leurs sous comme des auvergnats, se partagent une crêpe ou commandent une demie boule de glace, sûr que le moral des commerçants ne va pas aller crescendo et pour les vacanciers que nous sommes, nous avons de plus en plus envie de rester blottis dans nos tanières.

vendredi 13 décembre 2013

Rêve brisé - Nouvelle

Les signaux lumineux clignotent, les passagers bouclent leur ceinture de sécurité dans une synchronisation parfaite, et la chef de cabine, de sa voix de guimauve, souhaite la bienvenue sur le vol Paris-Dakar. Le départ est imminent. Assise dans la toute première rangée, les yeux mi-clos, Chloé se laisse aller à la rêverie. Le Sénégal ! À 25 ans, elle va tenir la promesse qu’elle s’est faite à la mort de ses parents, survenue dans un accident de voiture une nuit glaciale de décembre, alors qu’elle n’était encore qu’une adolescente. Elle deviendra médecin et mettra ses compétences au service de la population, loin de chez elle, là-bas où les gens démunis de tout, gardent encore le sourire. Les minutes s’écoulent et le silence interrompt la rêverie de la jeune femme. Étrange, pense-t-elle, les réacteurs sont muets et les hôtesses figées comme des cierges dans les deux allées latérales. Soudain, des hurlements retentissent à l’arrière de l’appareil. Des hurlements déchirants, des hurlements qui vous font froid dans le dos, des hurlements inhumains. Les passagers échangent des regards inquiets. Des rumeurs insensées se propagent et les interrogations fusent de toutes parts. Une hôtesse, dépassée par les événements, se hâte vers le cockpit et revient accompagnée du commandant de bord qui, dans sa précipitation, en a oublié sa casquette. Les curieux se tortillent, s’entortillent, se détortillent sur leur siège, allongent leur cou pour ne rien perdre du raffut, alors que les plus fouineurs, à la recherche du scoop, ont enlevé leur ceinture et se sont installés à califourchon sur leur siège. Mais que se passe-t-il enfin, s’interroge Chloé bouleversée par ces cris récurrents et, pour ne pas faillir au serment d’Hippocrate qu’elle a récemment prononcé, s’apprête à saisir sa trousse médicale dans le coffre à bagages, quand la grosse main de son voisin s’abat sur son avant-bras. « Du calme, jeune fille. Y’a rien de grave. Personne n’est malade dans cet avion. Dès que nous aurons décollé tout va rentrer dans l’ordre. C’est toujours la même chose ! » Freinée dans son élan, Chloé le regarde dubitative: « Que voulez-vous dire ? », s’étonne-t-elle. « Croyez- moi, vous verrez », répond-il avec un sourire, puis, estimant le débat clos, replace ses écouteurs sur les oreilles, sélectionne un nouveau morceau de musique sur son iPod et replonge dans son attitude d’autiste. À l’arrière de l’avion, les esprits s’échauffent. Les cris sont bientôt étouffés par les invectives des passagers et des doigts accusateurs se pointent en direction des trois sièges qui jouxtent les toilettes. Le commandant de bord, après s’être assuré qu’aucun passager ne nécessitait d’évacuation sanitaire, reprend les choses en main, tance les plus belliqueux et, exaspéré, s’en retourne à son cockpit. « Nous avons perdu assez de temps ! », lance-t-il. Nous partons maintenant.
Chacun réajuste sa ceinture, une hôtesse énonce les consignes de sécurité. Le silence se fait. Les lumières s’éteignent. L’avion roule lentement. Il se place en bout de piste prêt au décollage. Les réacteurs rugissent. Il s’envole. Chloé, rattrapée par une impitoyable réalité, regarde au loin par le hublot. À l’arrière de l’appareil, une femme, un foulard multicolore noué négligemment sur la tête, est assise menottée entre deux policiers en civil. Et elle pleure.

lundi 9 décembre 2013

Livre : Les derniers Indiens de Marie-Hélène Lafon
Une famille qui se meurt

Image : Amazon.fr
Les Santoire, une famille paysanne aisée, est en voie d'extinction, après quatre générations. La ferme est grande, trop grande, pour une famille petite, de plus en plus petite, rabougrie, tassée et recroquevillée sur elle-même. Elle se meurt en lançant des regards aux voisins, les Lavigne, qui vivent, rient, entreprennent, se reproduisent, font du bruit et dont les femmes portent des couleurs vives. 

 La famille Santoire agonise dans son Auvergne natale et enterre ses membres. Les grands-parents d'abord, puis le père qui ne possédait rien et qui a été épousé pour sa force de travail : on avait besoin d'un homme costaud à la ferme, et le fils aîné, Pierre, le préféré de la mère, malgré les humiliations qu'il lui aura infligées. Il sera le seul à quitter la famille, pour une divorcée, mère de deux enfants, et pire encore, il choisira l'usine alors que la ferme avait besoin de ses bras vigoureux. Mais, il retournera dans la maison de famille, « entre les mains de sa mère, défait, puni et crucifié d'avoir trahi » pour y mourir d'une maladie dont le nom ne sera jamais cité. 

A la mort du fils, la mère qui ne voulait pas se donner en spectacle allait peu sur la tombe, mais elle « se retirait dans la chambre dont les volets restaient fermés ». Priait-elle ? Pleurait-elle ? Elle mourut à son tour, « la bouche mince fermée sur les secrets de maison » et laissa les deux derniers descendants de la famille Santoire, ces deux autres enfants à l'âge déjà avancé, Jean et Marie, transparents et inodores. Leur vie est rythmée par les repas, le journal que Jean lit chaque matin et les prospectus publicitaires que Marie épluchent et classent sur une étagère, car jamais elle n'achètera quoique ce soit. Et, il y a les heures qu'ils passent à regarder par la fenêtre, les voisins d'en face, plus vivants et prolifiques que jamais. Modernes, travailleurs inventifs et ambitieux, ils ne cessent d'agrandir leur propriété et attendent que « Les derniers Indiens » rendent l'âme pour s'approprier terres, maison et tout ce que la famille Santoire aura accumulé pendant des décennies.

Ce livre magnifiquement écrit est un contraste bouleversant entre cette famille qui s'éteint, drapée dans ses convenances et ses principes et qui aura vécu toute sa vie à l'ombre d'elle-même et les voisins, résolument modernes qui entreprennent réussissent et vivent.

samedi 23 novembre 2013

Résurrection du chat condamné
Trois hommes et un chat


Il y a deux semaines je vous parlais de ce chat qui m'empoisonnait la vie. Rattrapée par mes scrupules, j'hésitais à le laisser mourir derrière moi. Non pas que je voue un amour inconsidéré pour ces félins mais ma conscience m'a dicté que cet animal, aussi idiot soit-il, méritait encore de vivre. Alors que faire ? J'avais tapé à beaucoup de portes et je n'avais obtenu que compassion de personnes qui se réjouissaient de ne pas être dans ma situation.

En désespoir de cause, me voilà en train de feuilleter la liste des associations susceptibles de m'aider quand soudain mon regard se fige sur « chats sans toit ».
http://www.le-chat-sans-toit.fr/
Le président, très impliqué par sa mission arrive immédiatement, muni d'une couverture. Après des essais infructueux ou mon aide consistait à me planquer derrière la baie vitrée, il fallait envisager une autre stratégie. Les pompiers ! S'ils m'avaient ri au nez, une semaine plus tôt, cette fois-ci, sollicités par le président « des chats sans toit », ils acceptent de se déplacer. Quelques minutes plus tard, les voilà qui descendent de leur camion avec cage, lasso et grande échelle qui ne passe pas dans l'appartement. L'opération capture de chat a commencé et trois hommes slaloment entre les plantes de ma cour pour attraper un chat qui bondit comme un ressort, s'élance contre la fenêtre et s'accroche à ce qu'il peut, c'est à dire au pantalon du président qui, pour juger l'état de la griffure, se retrouve en caleçon dans ma cour. De mon poste d'observation, bien à l'abri, j'hésite entre fou-rire et compassion. Il me demande un désinfectant, je lui apporte un parfum, qu'il refuse pour ne pas bondir à son tour... de douleur. Cette course folle a bien duré une vingtaine de minutes et, c'est au lasso finalement que le maudit animal a été attrapé. Je l'ai vu suspendu par le cou et déposé ensuite dans la rue. Dès qu'il recouvra sa liberté, il déguerpit comme un lapin et je pense qu'il ne reviendra pas de si tôt.

Aujourd'hui, je ris du comique de situation, mais je remercie infiniment ces trois hommes qui me sont venus en aide et qui ont vaillamment triomphé d'un chat devenu dingue !

lundi 11 novembre 2013

Mort programmée d'un chat

A mon retour de Montréal, je m'arrête chez moi, à Orange, pour déposer ma valise pendant quelques jours avant de continuer mon voyage vers Bujumbura. Il est tard. Je suis fatiguée, et je souffre du décalage horaire. Je m'approche de la porte-fenêtre pour regarder le jardin intérieur entouré de très hauts murs. Soudain, deux billes lumineuses me fixent. Je fais un bon en arrière. Mon cœur bat à tout rompre. Je pense aux mauvaises séries que j'ai vues. Je secoue la tête pour remettre mes idées en place et rouvre les yeux. Plus rien. C'est pire. Je n'ai pas eu une hallucination. Mon imagination galope. C'est un vieil immeuble du 17ème et quand nous nous sommes installés, le propriétaire précédent nous a expliqué qu'il avait tout "blanchi" y compris la cave romaine qui donne directement accès au salon. Des anciens Orangeois, au sens de l'humour particulier, nous avaient même dit que l'immeuble était construit sur un cimetière. Toutes ces histoires me reviennent. C'est l'horreur. 
trouvé sur http://www.dinosoria.com/chat_noir.htm
Le chat était apparenté au Diable au Moyen-Age. By HiggySTFC  
C'est à peine si je n'entends pas des chaînes autour de moi et des voix venues d'outre tombe m'appeler. Mes méninges dansent la carmagnole, non, c'est la danse des revenants. Je m'enferme dans ma chambre, essaie de chasser ces mauvaises idées et m'endors... avec la lumière. Le lendemain, plantée devant la porte fenêtre, je suis en proie à une profonde réflexion. Que faire ? Quand soudain un chat noir montre le bout de sa queue. J'ai peur des chats, sauvages, et surtout des noirs. En Afrique on dit qu'ils sont porteurs de mauvaises nouvelles ou l'incarnation de mauvais esprits. Ma parano me reprend. Du calme, me dis-je. Réfléchis. Mais, plus je réfléchis, et moins je comprends comment a-t-il pu arriver ici. Je prends mon courage à deux mains pour l'appeler et m'approcher de lui. Il me montre les dents et émet des grognements bizarres. Ni une ni deux, je fais demi tour et appelle un voisin qui arrive avec des croquettes. Sans plus de succès. J'ai appelé les pompiers qui m'ont gentiment ri au nez, la police municipale, a "d'autres chats" à fouetter, la femme de ménage a peur des chats, et impossible de joindre la spa les week-end et les jours fériés. Alors, que faire ? J'ai passé ces quelques jours barricadée chez moi avec des cadavres de pigeons qui gisent, le matin devant ma fenêtre. Le soir, j'aperçois l'ombre du chat, grossie par la lumière, qui rôde et je ferme les yeux. Demain matin, je pars et pour de longs mois. Dans un pays où des intellectuels ont signé un manifeste pour le droit des animaux, je me demande pourquoi il est impossible de trouver quelqu'un pour déloger un chat, qui, à mon départ, n'aura que le droit de mourir.

vendredi 8 novembre 2013

De qui se moque-t-on ?

image : www.parikiaki.com
Mardi, diffusion du documentaire "Campagne intime". Le couple Sarkozy-Bruni en toute intimité enfin presque.  L'intimité devant la caméra on repassera. Juste une image soigneusement étudiée pour nous les rendre accessibles et sympathiques. Mais pourquoi donc ?

Ce documentaire, on ne pouvait y échapper. Il a été annoncé et annoncé encore aux heures de grande écoute, pour être sûr de faire de l’Audimat. Mission réussie. Près de 2 000 000 de téléspectateurs ont pu voir l'ex-président "gouzyter" et "siffler" sa fille, (qui a très régulièrement détourné la tête ; c'est dur de mettre des enfants en scène), se pâmer d'admiration de devant sa femme, (tu es belle), sauf heureusement, quand elle prenait la parole, en réunion, pour exprimer son avis. Et Carla, quant à elle, au regard candide et à la bouche en cœur qu'on en oublierait presque son passé sulfureux, passe de la maman attentionnée, à la femme amoureuse et à l'épouse de président dévouée. Et, quand les dialogues faiblissent, c'est à dire souvent, elle chante... comme elle sait chanter.

Ce qui m'étonne avant tout est cette omni-présence de l'ex-couple présidentiel. Télés, radios, journaux, ils sont partout et si ce n'est pas l'un deux qui en Une ou les deux, c'est la famille élargie, la sœur ou la mère de Carla. On est cernés. On nous distille chaque jour un peu de Sarkozy-Bruni. On nous l'injecte en doses de plus en plus fortes, mais au lieu de créer une addiction, à cette allure, les communicants risquent bien de nous faire trépasser d'une overdose, car la route avant la prochaine présidentielle est encore longue. Nicolas Sarkozy a raccroché de la politique. Vraiment ! Alors pourquoi continue-t-il avec sa femme à hanter les médias ?

mardi 1 octobre 2013

Errance et Indifférence :
une femme et son fils arrivés des Comores passent toute une nuit à Lyon St Exupéry, dans l'indifférence totale

Fatiguée, j'arrive à l'aéroport de Lyon St Exupéry en provenance de Bujumbura. Le vol a décollé avec près de trois heures de retard et je n'ai qu'une seule hâte, prendre le premier train pour Avignon et arriver chez moi pour me reposer quelques instants avant le mariage. Après avoir attendu en vain ma valise qui est restée à Bruxelles, je décide de ne pas perdre plus de temps et je me rends directement à la gare TGV de l'aéroport. Il est déjà midi. Les passagers vont et viennent. Certains scrutent les tableaux de départ, d'autres, assis, attendent patiemment leur train. A quelques mètres d'eux, une femme d'une trentaine d'années, noire, l'air abattu, attire mon attention. Elle erre dans le hall de la gare. Elle avance, recule, hésite. Elle ne sait où aller. Elle semble exténuée. D'énormes cernes creusent son visage. Intriguée, je m'approche d'elle pour lui demander si elle a besoin d'aide.

La gare tgv St Exupery; image: es.wikiarquitectura.com
Elle arrive des Comores avec son fils, un enfant d'une dizaine d'années, assis à quelques mètres d'elle, au milieu des valises et un pied sur la glacière. A sa descente d'avion, à Roissy, Marseille lui semble proche. Elle prend le TGV. Dans son enthousiasme et maîtrisant mal le français, elle descend à la mauvaise gare. Commence alors son errance dans le hall de la gare de Lyon St Exupéry pendant 24 heures, sans manger, sans argent, et sans savoir à qui s'adresser. Pendant ce temps, à trois cents kilomètres de là, un père inquiet l'attend, sans nouvelle. Elle ne peut pas le joindre. Elle n'a pas le roaming. 

Pour essayer de régler son problème rapidement dans une France que je connais, je lui demande de me suivre, -non pas parce que j'ai la bonne couleur-, mais j'ai au moins l'habitude de me frotter à mes concitoyens. Des regards réprobateurs commencent à nous scruter, le préposé de la SNCF pour se débarrasser de nous, nous propose une solution onéreuse, inacceptable pour la jeune femme. Il faut dire qu'en même temps, il commente au téléphone avec un collègue, les numéros gagnants du loto. Pendant trois quarts d'heure, on nous a baladées d'un endroit à l'autre, du comptoir SNCF au comptoir OUIGO en sous sol à côté des toilettes, avec comme seul interlocuteur un interphone et une voix. Jamais je n'aurais pu imaginer une telle indifférence. Des vigiles nous ont indiqué des personnes que nous n'avons jamais trouvées. Enfin, après avoir tourné en rond assez longtemps, je décide, excédée, de retourner au comptoir SNCF pour trouver une solution. Le "lotoman" avait disparu, il était l'heure du déjeuner, et il était remplacé par une femme qui après avoir entendu le calvaire que venaient de vivre la passagère et son fils, a immédiatement accepté de changer les billets de train, sans pénalité.

De soulagement, la jeune femme s'est mise à sangloter et a remercié Dieu. Nous avons voyagé ensemble jusqu'à Avignon. Aujourd'hui je pense encore à elle et je l'imagine à Marseille. J'espère qu'elle passe un bon séjour et je suis sûre que sa mauvaise expérience se sera dissipée dès qu'elle aura soulevé le couvercle de sa glacière et qu'elle aura partagé avec sa famille quelques douceurs des Comores.

jeudi 26 septembre 2013

On ne choisit pas d'aimer quelqu'un du même sexe, c'est l'amour qui choisit !

échange des anneaux.
Comme je vous l'avais annoncé sur ma page facebook, Christophe et Lionel se sont mariés lundi 23 septembre à Orange. Sans tapage. Et pourtant c'était facile. Fief d'extrême droite, interventions télévisées du maire et de son épouse pour exprimer chacun à leur tour leur hostilité au mariage pour tous. Démarches parfois difficiles pour concrétiser leur union. Tous les ingrédients étaient là pour une ultra médiatisation qui n'aurait eu, comme effet, que de stigmatiser encore davantage la communauté homosexuelle.

De la pub, ils n'en voulaient pas, ils n'en ont jamais voulu. Bien au contraire ! Leur option, la discrétion, et leur mariage fut à leur image, simple et champêtre, mais le discours prononcé à la mairie par l'un des mariés a ému l'assistance par la justesse et la profondeur du message.

"Au moment même où nous affichons notre bonheur, je pense à tous les homosexuels, garçons et filles, qui à travers le monde souffrent de ne pouvoir s'aimer au grand jour. On ne choisit pas d'aimer quelqu'un du même sexe, c'est l'amour qui choisit, décide, dirige et gouverne nos vies. Je suis heureux aujourd'hui d'épouser Lionel, l'homme que j'aime. Je suis d'autant plus heureux de me marier dans un pays démocratique qui offre le droit à tous, de pouvoir concrétiser leur amour par les liens sacrés du mariage. Je voudrais aussi ajouter que je suis heureux que notre union soit célébrée par Madame Liliane Rare, adjointe au patrimoine et à la culture car sa sensibilité, son sens de l'humanité me vont droit au cœur. Je suis fier de compter parmi ses amis." (Christophe)

samedi 17 août 2013

Vacances culturelles en Provence


Culture et sorties: Le Mont Ventoux
Toute l'année, on les attend, on en rêve, on les prépare et enfin elles arrivent, elles sont là,... nos vacances. Un ou deux mois à Orange, dans le sud de la France, pour se ressourcer culturellement. Le bonheur assuré car, même si l'expatriation c'est sympa avec des séjours ensoleillés aux saveurs épicées et aux spas feutrés, le quotidien manque cruellement d'expos internationales, d'art lyrique et de danse classique ou contemporaine. Alors, hop, nos valises à peine posées, nous nous concoctons notre programme et à nous la joie de profiter d'un environnement éclectique car cette région de France est, il faut le reconnaître, particulièrement riche en événements culturels.

Si une partie de la famille opte systématiquement pour le festival d'Aix et la Roque d'Anthéron, notre choix se porte sur les chorégies d'Orange. Normal, nous sommes devenus Orangeois d'adoption. Mais masos, nous ne le sommes pas et au prix des places, nous évitons soigneusement les "stars" qui nous ont déçus. Une fois, mais pas deux. Nos pérégrinations nous ont aussi conduits à Vaison-la-Romaine pour deux ballets, Dada Masilo Swan Lake et Mudéjar de la Compania Miguel Berna et naturellement Avignon pour humer cette ambiance de théâtre. Enfin, nous avons eu beaucoup de plaisir à assister à plusieurs concerts violon, piano- dans le cadre des Musicales en Tricastin organisées à Saint-Paul Trois-Châteaux et Suze-la-Rousse. S'il nous reste encore un peu de temps nous espérons bien voir l'expo de Cézanne à Matisse au musée Granet d'Aix et la boucle sera presque bouclée.

Chaque année, la mort dans l'âme, nous devons amputer notre programme très ambitieux à notre arrivée, car non seulement notre temps est compté, mais surtout, pas encore doués d'ubiquité, nous ne pouvons assister à toutes les représentations qui souvent se chevauchent. Mais qu'à cela ne tienne, pendant notre séjour, notre cœur vit au rythme des émotions, des découvertes et parfois des déceptions, et reboostés, nous repartons, heureux, dans nos contrées lointaines.

Jazz à Orange
image : nosfestivals.fr



Les chorégies d'Orange - Un Bal Masqué de Verdi : La suprématie des femmes


Pour célébrer le bicentenaire de la naissance de Wagner et Verdi, les chorégies ont programmé deux opéras jamais interprétés au théâtre antique d'Orange, "Le Vaisseau fantôme" de Wagner le 12 juillet, et "Un Bal Masqué" le 3 et 6 août. Si la deuxième représentation du Vaisseau Fantôme avait été annulée, les deux représentations du compositeur italien avaient été maintenues et le public s'était pressé au théâtre antique, un coussin sous le bras, car on ne peut oublier longtemps l'inconfort des gradins en pierre.

Si cet opéra était une première à Orange et qu'il fut, malgré tout, un moment agréable, il ne restera pas gravé dans les mémoires, sauf l'interpétation des trois femmes qui, dommage pour les hommes, les ont de loin surpassés. Kirstin Lewis soprano noire américaine de l'Arkansas qui faisait sa première apparition aux chorégies fut extraordinaire dans son interprétation d'Amelia, la femme infidèle, Sylvie Brunet-Grupposo a été impressionnante par sa présence dans le rôle d'Ulrica et Anne-Catherine Gillet, pétillante dans Oscar fut sans doute la révélation de la soirée. Face à elles, Ramon Vargas, le tenor mexicain qui incarnait Gustav III, roi de Suède alias Ricardo duquel se dégageait pourtant un côté fort sympathique manquait parfois de puissance, malgré sa voix, mais il n'est pas donné à tout le monde de chanter à Orange, et Lucio Gallo, le baryton, dans le rôle du comte, alias Renato, peinait avec sa voix légèrement enrouée. Heureusement, la direction musicale qui avait été confiée à Alain Altinoglu fut un vrai régal.

La mise en scène de Jean-Claude Auvray très épurée, pour ne pas dire extrêmement minimaliste, une chaise que l'on déplaçait et des bancs, fut saluée par des huées et des sifflets à la fin du spectacle. Enfin quelques anachronismes comme la monture des lunettes du comte et la montre qu'il a portée au poignet pendant toute la représentation ont contribué à perturber mon plaisir.

mardi 23 juillet 2013

Les Chorégies d'Orange - Der Fliegende Holländer - Le Vaisseau Fantôme

Le bicentenaire de la naissance de Richard Wagner qui est célébré dans le monde entier, ne pouvait échapper à la programmation des Chorégies d'Orange. Ainsi, son opéra « der Fliegende Holländer », « le Vaisseau Fantôme », nous a été proposé le 12 juillet.

Étrange, malgré l'annulation de la représentation du 15, le théâtre n'était pas tout à fait plein. A croire que le compositeur allemand ne fait pas l'unanimité dans cette ville du Sud de la France. Soit, le spectacle fut intéressant, la mise en scène  audacieuse et les décors ingénieux. Les voix, pourtant, et particulièrement celle du Holländer, interprété par Egils Silins, étaient parfois étouffées par l'orchestre. Phénomène plus ou moins amplifié que j'avais déjà remarqué dans les opéras des années précédentes. Egils lui-même, après la générale, m'avait confié qu'il lui était difficile d'entendre sa voix, et, avec humour, avait ajouté : « Je ne m'entends pas, mais j'estpère que c'est bon! » 

Enfin, c'est dans le troisième acte, que la voix du Holländer, majestueux à la proue de son vaisseau, domine la scène quand il surprend Senta et Erik. Et c'était bon.

samedi 20 juillet 2013

Les chorégies d'Orange - Roberto Alagna : Et de deux !

Il est difficile d'oublier la piteuse prestation de Roberto Alagna dans Turandot, l'année dernière, aux chorégies d'Orange. Pourtant, les inconditionnels étaient prêts à excuser, mieux à pardonner leur idole qui, par manque de travail, avait non pas massacré le Nessun dorma mais pire, s'était retrouvé sans voix, prétextant qu'il souffrait d'une maladie qui affectait ses cordes vocales. Soit, le public n'est pas complètement idiot, mais difficile pour lui d'exiger un certificat médical. Si on se réfère à une interview qu'il avait donnée, il n'excellait que dans l'improvisation. A croire qu'il s'agissait d'une vie antérieure !

Cette année, le ténor était une fois encore programmé aux chorégies dans un concert lyrique avec la soprano Anna Caterina Antonacci, comme si les chorégies ne pouvaient exister sans lui. Et patatra, trois jours auparavant, annulation du concert. Son altesse sérénissime se désistait pour cause de... maladie. A croire que son état de santé se dégrade à chaque fois qu'il doit venir chanter à Orange. Et si la vérité était ailleurs ? A une époque où l'information, même au bout du monde, se propage à la vitesse d'un clic, il est évident qu'une représentation de Roberto Alagna, à Marseille, c'est comme si on y était alors, quand la star est huée, on l'entend les protestations du public, déçu, jusqu'à Orange !

dimanche 30 juin 2013

France, Musiques en fête aux chorégies d'Orange : Une partition en bémol

Voir l'article sur Toutelatele.com ici
Cette année encore, Musiques en fête en direct des chorégies d'Orange, l'événement musical du début de saison, a été retransmis sur Fr 3. Les chanteurs lyriques se sont succédés pour interpréter des airs d'opéra les plus connus car il faut bien l'admettre, l'opéra n'est pas encore un art populaire même si certains extraits se sont insidieusement installés dans les consciences françaises, à force d'être utilisées dans les publicités même les plus farfelues.

Pour faire de l’Audimat, rien de mieux que d'inviter aussi quelques vedettes de la chanson française, sur le déclin, mais qui essaient encore de donner de la voix sous la statue de l'empereur Auguste, majestueux et bienveillant à l'égard des artistes. Cette année, Nicoletta a entonné pour la dix millième fois -au moins- Mamy Blue et malgré ses efforts et un micro, elle a eu quelques difficultés à rivaliser avec Ruggero Raimondi, Vittorio Grigolo, Patrizia Ciofi ou Julie Fuchs. Mais soyons indulgents, chanter dans ce magnifique théâtre romain, devant 9 000 personnes et partager l'affiche avec des ténors, des sopranos et des barytons dont les voix emplissent le théâtre et nos cœurs peut, je le concède, être une redoutable épreuve. 

Ainsi donc, ce spectacle gratuit du 20 juin a drainé des milliers d'Orangeois qui n'ont pas toujours accès aux opéras. En quelques heures tous les billets avaient été distribués, sans aucune distinction, pénalisant ainsi les mélomanes qui n'hésitent pas à dépenser beaucoup d'argent pour assister aux concerts et opéras chaque année. Cette initiative de rendre l'opéra accessible à tous est sans doute louable, mais le bureau des chorégies ne pourrait-il pas réserver des billets pour ceux qui permettent de continuer à les faire vivre ? Même les magasins ont une politique de fidélisation pour leurs meilleurs clients !

A force de persévérance et de relations, j'ai pu obtenir deux places pour le concert auprès d'amis. Surprise totale car si les années précédentes le programme avait été affiché partout dans la ville, cette année, il avait été  gardé secret. Sans doute, les chorégies avaient-elles eu des difficultés à le ficeler, à temps. Le résultat comparé avec les années précédentes fut  assez décevant. Trois heures de spectacle de qualité inégale où le commentateur qui ne maîtrisait pas son conducteur comblait les blancs avec des questions dénuées de toute pertinence. Des problèmes de micro accentuèrent cette impression de dilettantisme et la programmation, intéressante, certes, n'était pas aussi audacieuse que les années précédentes. Pire, hormis quelques stars du lyrique habituées des chorégies et qui se sont prêtées au jeu pour donner un côté international et upgraded cet événement musical, il en résulte toutefois une désagréable impression de remplissage. Beaucoup de jeunes talents qui ne mobilisent pas encore les foules. Mais que faire quand les finances ne suivent pas et qu'il faut assurer trois heures de direct ?

Beaucoup de frustrations et de déceptions pour cette soirée qui ne restera pas gravée dans ma mémoire. Wagner "Le Vaisseau Fantôme" et Verdi "Un Bal Masqué" sont au programme des chorégies de cette année ainsi que Mozart et Chopin interprétés par le pianiste chinois Lang lang. De quoi, je suis sûre, satisfaire les amoureux de la musique classique !

mardi 7 août 2012

TURANDOT aux Chorégies d'Orange


Alagna sans voix !

L'édition spéciale Chorégies d'Orange 2012 consacrait dans son N°16 deux pages entières à Roberto Alagna. Deux pages dans lesquelles il se gargarisait et se comparait, dans sa façon de travailler, à Placido Domingo. Soit ! Le manque de modestie ne tue pas, mais, sa désastreuse prestation dans Turandot le samedi 28 juillet a dû faire se dresser les cheveux du ténor espagnol.

Installée sur mon petit coussin sur des gradins durs et inconfortables comme 8 000 autres personnes, j'attends, serrée comme une sardine, que 21 h 30 sonne pour pouvoir enfin entendre le grand Alagna, car il faut reconnaître qu'il a une com. qui fonctionne bien et qui sait mobiliser les foules. Dès les premières notes, j'ai le désagréable sentiment que son interprétation ne sera pas inoubliable car sa voix à dû mal à s'élever et à se distinguer de celles des chœurs. Je ne bronche pas, je ne suis pas experte en opéra, mais je sais lire et je ne peux m'empêcher de repenser à l'article du supplément des Chorégies que j'avais lu quelques jours plus tôt : "Je n'ai pas encore appris le rôle, pas eu le temps... Rassurez-vous, je vais m'y plonger sous peu. Cela va faire comme d'habitude : c'est dans l'urgence que je donne le meilleur.... quand on commence à être connu et que l'on doit assumer beaucoup de prises de rôle, on n'a plus le temps d'y consacrer des mois et des mois... il faut apprendre à travailler vite". L'article n'est pas daté, mais je suis journaliste et je devine que les propos sont récents, même si je tiens compte du temps d'impression. Les deux premiers actes vibrent par leur médiocrité. Sa présence sur scène est pratiquement aussi nulle que sa voix. Sa gestuelle raide et saccadée ressemble à celle d'un automate. Difficile de faire passer les sentiments d'un prince épris d'amour prêt à y laisser sa vie.

Fin de l'entracte. Une voix féminine nous demande de regagner nos places et deux minutes plus tard, une voix masculine, cette fois-ci, nous prie d'excuser, par avance, notre ténor vedette qui souffre (ça on l'avait remarqué), d'une maladie aux cordes vocales. A cet instant, je n'ose imaginer que le pire est encore à venir. Nous attendons tous le "Nessun dorma", le clou de la soirée, la raison pour laquelle nous avons dépensé plus de 200 euros et enduré cet inconfort. Il entame les premières notes. Je retiens mon souffle. Il ne va tout de même pas nous le massacrer. Nous attendons l'aria finale et rien, même pas un couac, plus de son, pas même une fausse note. Le silence. Roberto Alagna ou le prince Calaf a perdu sa voix. Il baisse la tête. Michel Plasson, le chef d'orchestre, continue, imperturbable, à diriger son orchestre. Le public, bon joueur, applaudit ce qui reste du ténor qui se décrivait lui-même, quelques jours auparavant comme "un chanteur atypique, un autodidacte qui travaille à la sauvage". Après un tel résultat, on l'aura compris !

De retour chez moi, ulcérée par cette piètre prestation et rongée par le sentiment d'avoir été prise pour une idiote, j’écoute le " Nessun dorma"' interprété par Pavarotti, puis par Placido Domingo. Cette comparaison accentue encore mon mal être. Je veux oublier cette soirée, oublier le nom de Roberto Alagna, ténor d'opérette qui déclarait : "J'aime les personnages qui vont au bout de leurs désirs et de leurs passions". Et bien moi j'aime les chanteurs professionnels qui vont au bout de leur engagement et de leur respect du public.