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jeudi 17 octobre 2013

Livre : Amélie Nothomb, la Nostalgie heureuse
Une sincérité troublante

image : fnac

Un jour où Amélie Nothomb était invitée à une conférence à Carpentras dans le sud de la France, elle fut interpellée par un membre de l'assistance sur sa production littéraire pléthorique et la qualité inégale de ses romans. Sans complexe elle compara ses livres à des enfants, tous uniques, tous différents, parfois plus ou moins réussis, mais toujours dignes d'amour.

Avec son livre « la nostalgie heureuse », elle vient de signer un très beau récit qui m'a frappée par sa sincérité. Il n'est pas toujours facile de parler de soi en respectant l'objectivité et il est encore plus difficile de se mettre en scène dans des circonstances ingrates ou peu flatteuses. Amélie Nothomb ne joue pas à la star. Elle s'en moque. Elle est un écrivain célèbre, certes, et elle le sait, mais elle est avant tout une femme, comme les autres, avec une sensibilité exacerbée, ses faiblesses, ses sentiments, ses doutes, ses peurs et ses interrogations. Et des interrogations, elle en a en permanence par crainte de décevoir ou d'être déçue.

Dans son livre elle nous fait visiter le Japon de son enfance, de l'âge adulte et de l'amour. On l'accompagne à la redécouverte de certains lieux qui furent les siens, des lieux où elle fut heureuse car le Japon vit en elle. Magnifique narratrice, elle nous balade, toujours avec pudeur et respect dans sa vie même si parfois elle élève des barrières que nous respectons.

Nostalgie heureuse est l'un des meilleurs livres que j'ai lus lors de cette rentrée littéraire et son style est presque une offense pour tous les jeunes auteurs, tant elle écrit bien.

dimanche 8 septembre 2013

Livre : Certaines n'avaient jamais vu la mer de Julie Otsuka

Le voyage de la désillusion

sur Amazon
Le périple de ces femmes japonaises commence sur le bateau, lors de leur traversée du Pacifique à destination des Etats-Unis. Le décor est immédiatement planté. La saleté, les puces, la vétusté de leur embarcation, les odeurs, la crasse, les punaises, tout tranche avec leur fragilité et leur finesse. Pauvres, elles le sont, mais pas dépourvues de leurs coutumes et de leur délicatesse. "Dans leurs malles, elles avaient emporté un kimono de soie blanche pour leur nuit de noces, des pinceaux à calligraphie et de fines feuilles de papier de riz afin d'écrire de longues lettres et un minuscule bouddha de cuivre". Cette opposition, nous allons la retrouver tout au cours du livre. Sur le bateau qui les emmène loin de leur famille, elles s'imaginent habiter dans une vaste maison confortable et accueillante avec un mari aussi beau et séduisant que celui de la photo qu'elles conservent dans un médaillon et qu'elles ne cessent d'admirer. Mais la réalité va les frapper de plein fouet à peine le pied posé à terre. Des hommes rustres, aux vêtements rapiécés, les attendent pour les conduire dans leurs nouvelles demeures : "une longue tente sous un prunier, un lit de camp dans un baraquement, un dortoir en planche, une paillasse dans l'écurie, un tas de foin posé sur trois caisses de pommes sous un pommier". Une pauvreté à l'état pur que l'auteure dépeint sans ambages et qui nous fait découvrir des jeunes femmes isolées, confrontées à un problème de langue, fragilisées, coupées de leur famille et de leurs traditions, des jeunes japonaises réduites à l'esclavage et exposées à la raillerie et à la cruauté.

Ce livre est d'autant plus émouvant qu'il est actuel. La détresse des immigrantes nous renvoie aux étrangers qui, chaque jour, quittent leur pays, pour une vie qu'ils veulent meilleure. Combien d'entre eux acceptent de travailler au noir, sans protection sociale pour un salaire de misère ? Combien de jeunes femmes trompées et abusées se retrouvent à arpenter les trottoirs des capitales européennes sans espoir d'un avenir meilleur ? Combien d'hommes et de femmes, trop crédules se sont installés au bout du monde pour vivre un amour qui s'est rapidement transformé en cauchemar ?

Enfin, ce livre, je ne lai pas lu comme un roman, mais comme une étude sociologique et les incessantes énumérations de l'auteure qui donnaient, au début, de la force à son récit, ont fini par me lasser. Toutefois, "Certaines n'avaient jamais vu la mer" reste, malgré tout, un livre intéressant.